le merle de la ville captive de Moncef Mezghanni

le merle de la ville captive de Moncef Mezghanni

Pas d’eau dans le robinet
il n’a pas trouvé de l’eau dans le réfrigérateur
………………………………….
Il a trouvé de la bière
(il s’est rasé la barbe avec sa mousse
une barbe enivrée
a poussé)

« La poésie de Moncef Mezghanni est authentique et par là même unique. N’en déplaise aux ignares qui rient quand le poète récite ses vers, mais le rire, qui n’est que « du mécanique plaqué sur du vivant » (Bergson), est une solution, voire la solution devant les drames et les tragédies que l’Homme vit au quotidien. Ne soyons donc pas naïfs ; l’ancien Directeur de la Maison de la Poésie de Tunisie n’est ni un poétereau ni un clown. Ceux qui s’y connaissent en poésie, chez nous en Tunisie, partout dans le Monde arabe et aux quatre coins du monde, peuvent en témoigner : ce que Moncef Mezghanni a réalisé, depuis la parution de Grappes de la joie vide, en 1981, jusqu’à la parution de Ici la Tunisie, le Journal en 2012, en passant par Graines et affections, en 2010, relève non seulement de la prouesse poétique mais encore de la révolution. »
Aymen Hacen

Paru le 1er octobre 2014

Éditeur : Fédérop

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.