la mer implacable métaphore

Amina Saïd

proche lointaine indifférente
à portée d’hommes la terre

l’horizon la nuit brouillent les distances

hommes femmes enfants
embarqués pour le néant
avec les yeux de qui est promis à la mort

leurs noms se brisent lettre à lettre

les premiers meurent les enfants
visage tourné vers la première étoile

corps repoussés vers le silence de la rive
par la houle amnésique du monde

corps rejetés par l’absurdité du matin
corps n’ayant nulle part sur cette terre
qu’une tombe sans nom

Amina Saïd (Tunisie)

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.