la mer implacable métaphore

Amina Saïd

proche lointaine indifférente
à portée d’hommes la terre

l’horizon la nuit brouillent les distances

hommes femmes enfants
embarqués pour le néant
avec les yeux de qui est promis à la mort

leurs noms se brisent lettre à lettre

les premiers meurent les enfants
visage tourné vers la première étoile

corps repoussés vers le silence de la rive
par la houle amnésique du monde

corps rejetés par l’absurdité du matin
corps n’ayant nulle part sur cette terre
qu’une tombe sans nom

Amina Saïd (Tunisie)

Poème
de l’instant

Serge Sautreau

Rivière je vous prie

Loin, un instant, des rives, souvenons-nous, riverains des cours de porcelaine, souvenons-nous des loges de verre, entre flammes et idoles, où se pâmaient le mythe, la révolte, les tyrannies de la fin…

Loin, à l’instant, loin du poumon fertile, c’est l’origine qui appelle avec de longs herbiers ondulant sous la nacre, laissant apercevoir des sables habités, des galaxie solubles, des à-pics de massifs coulés s’engloutissant dans le vert sombre.

Pour invoquer. Pour éveiller le dieu. Pour ne jurer de rien. Pour accueillir. Rivière.

Serge Sautreau, Rivière je vous prie, Éditions l’Atelier le Ciel sur la Terre, 1997