ça chante à Paris

Jacques Roubaud

Ça chante dans Paris

Ça chante dans Paris les ALOUETTES ça chante EDITH-PIAF, les piafs
Ça chante les AIGRETTES, ça chante le BRUANT
Dans les ACACIAS, les BLUETS, la BONNE-GRAINE, les BOIS, BOSQUET, BROUILLARD
Et les CANETTES dans les BUIS, les CAMELIAS, les CAPUCINES, ça chante, ça chante,

La COLOMBE chante dans la CERISAIE, dans les BELLES-FEUILLES, le FIGUIER
La CORNEILLE chante les FOUGÈRES, les GLYCINES, les HORTENSIAS, les IRIS
Chante le CYGNE dans le JASMIN, les JONQUILLES, LA BRUYÈRE, les LILAS
Dans LA MARE en chantant pataugent les FILLETTES, sous les MARRONNIERS,

La CAILLE chante dans les MERISIERS, les MÛRIERS, les PETITS-CHAMPS,
O les PEUPLIERS où chante Le PIC, et la PLAINE, et le POIRIER, et les PRAIRIES
O le PRÉ, les PRIMEVÈRES, les PRUNIERS, les ROSIERS pleins des chantants ORTOLANS

Dans le RUISSEAU, sur le SENTIER, au SOLEIL, au SOLEIL-D’OR, comme ça chante !
Dans les SYCOMORES, les TILLEULS, les VIGNES, les TULIPES, les VOLUBILIS
Il chante, le PÉLICAN si las de son long voyage

Les OISEAUX, tous les OISEAUX chantent dans les rues de Paris

Poème
de l’instant

Ana Istarú

Saison de fièvre

Yo soy el día.
Mi pecho izquierdo la aurora.
Mi otro pecho es el ocaso.

Je suis le jour.
Mon sein gauche l’aurore.
Le droit, le crépuscule.

Anna Istarú, Saison de fièvre, Traduit de l’espagnol (Costa Rica) par Gérard de Cortanze, La Différence, Éditions Unesco, 1997.