Women

Auteur : Olivier Apert

Women

D’une certaine façon, cette anthologie n’est pas une anthologie : entendons par là qu’elle propose une lecture à la fois conjoignant et séparant la diversité des voix qui invente la poésie féminine américaine à travers le temps et l’espace géographique par la composition d’un livre qui voudrait faire résonner une manière de tout dire, souvent au mépris des conventions et des carrières ; une volonté d’éprouver dans et par le corps de l’écriture les réalités et les illusions du social et de l’intime sans jamais recourir à la fuite lorsque l’expérience devient par trop douloureuse ; une impitoyable nomination-dénonciation des mensonges ; un aveu transparent des désirs et des haines ; une affirmation franche des revendications. Ainsi ces voix transgressent-elles le lieu qui leur a été – et leur est encore parfois – dévolu : l’image de la femme made in USA. Voici donc un panaroma de trente-cinq poètes, ouvrant sur la diversité tant géographique que stylistique – de l’intimisme d’Anne Sexton à l’imagisme de Marianne Moore, de l’engagement de Sonia Sanchez au sensualisme de Christy
Sheffield Sanford – d’après Emily Dickinson (1830-1886). En effet, si son oeuvre demeurée longtemps secrète, peut être considérée comme l’acte initial de la poésie féminine américaine, outre qu’elle appartient, malgré son innovation formelle, au XIXe siècle, elle est aujourd’hui intégralement traduite en français. Il appartenait à cette anthologie d’amener à la découverte de voix prédominantes du XXe, ici encore peu entendues, en dépit de leur reconnaissance américaine, fut-elle parfois souterraine. De la plus lointaine, Amy Lowell (1874-1925) à la plus proche, Elinor
Nauen (née en 1952), c’est tout un puzzle qui se construit et qui voudrait présenter une façon de contre-histoire de la culture américaine.

Alta (1942)
Djuna Barnes (1892-1982)
Elizabeth Bishop (1911-1979)
Kay Boyle (1902-1992)
Gwendolin Brooks (1917-2000)
Janine Canan (1942)
Candace Chacona (1950)
Laura Chester (1949)
Jane Cooper (1924-2007)
H.D (Hilda Doolittle) (1886-1961)
Tess Gallagher (1943)
Jessica Hagedorn (1949)
Joanne Kyger (1934)
Denise Levertov (1923-1997)
Amy Lowell (1874-1925)
Mina Loy (1882-1966)
Bernadette Mayer (1945)
Josephine Miles (1911-1985)
Marianne Moore (1887-1972)
Elinor Nauen (1952)
Florence Ogawa (1947-2010)
Maureen Owen (1943)
Dorothy Parker (1893-1967)
Marge Piercy (1936)
Sylvia Plath (1932-1963)
Adrienne Rich (1929-2012)
Muriel Rukeyser (1913-1980)
Edna Saint VincentMillay (1892-1950)
Sonia Sanchez (1935)
Leslie Scalapino (1948-2010)
Anne Sexton (1928-1974)
Christy Sheffield Sanford (1950)
Gertrude Stein (1874-1946)
Jean Valentine (1934)
DianeWakoski (1937)

Paru le 1er juin 2014

Éditeur : Le Temps des cerises

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.