Vitrines

Marc Alyn

Dans les vitrines des métropoles fabuleuses
où l’objet viole le désir
Chacun croisait sa propre absence
Répercutée à l’infini halogène des transparences
Au sein de galeries marchandes saturées
de fausses issues
Hantées d’yeux sans regards, ombrées de pas perdus.

La solitude s’enfonçait, vie sans fin, jusqu’au cœur.
Le Miroir, Baal nourri de nos reflets, multipliait
le vide
Gardé à vue par les mannequins chauves et les rondes
de nuit du hasard.

La folie, seringue usagée ouvrant les mots clefs
de l’abîme
S’échangeait au seuil des trous noirs
Dans la terrifiantes immobilité de l’ange entre
deux vols planant au-dessus des âges :
Silence radio, éternel arrêt sur image.

Poème
de l’instant

Georges Didi-Huberman

Survivance des lucioles

Les lucioles, il ne tient qu’à nous de ne pas les voir disparaître. Or, nous devons pour cela, assumer nous-mêmes la liberté du mouvement, le retrait qui ne soit pas repli, la force diagonale, la faculté de faire apparaître des parcelles d’humanité, le désir indestructible. Nous devons donc nous-mêmes - en retrait du règne et de la gloire, dans la brèche ouverte entre le passé et le futur - devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensée à transmettre. Dire oui dans la nuit traversée de lueurs, et ne pas se contenter de décrire le non de la lumière qui nous aveugle.

Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles, Éditions de Minuit, 2009.