Vent contraire de Paul de Brancion

Auteur : Paul de Brancion

Vent contraire de Paul de Brancion

Lorsque le soleil se couche derrière la montagne
Le contre-jour efface les visages, les contours des fentes
les ouvertures
le monde est un à-plat de lumière
qui s’agrandit démesurément
puis meurt de soi-même

Après, les lapins peuvent sortir en paix
brouter l’herbe de la nuit
et le monde respire
un corbeau rentre à son nid
une série de bruits nouveaux accède
à la vie
l’humidité monte du sol
le ciel s’établit au-dessus des arbres
qui s’obscurcissent à chaque instant.

Paru le 1er décembre 2003

Éditeur : Dumerchez

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.