Une sorte d’au delà

André Velter

À ciel ouvert le monde est un soleil levant,
Un éblouissement qui tape au fond des yeux
Et mène par des chemins inoubliables
Vers des lieux des rivages des êtres oubliés.

Droit devant chevalier désarmé,
Le voyage en Orient ne cesse de conquérir une sorte d’au delà,
Une autre solitude un autre accès à soi,
Comme marcher de Séville à Tanger de Kairouan à Babylone Ispahan

 Bénarès ou Lhassa.

Les îles de terre ferme se trouvent sous nos pas,
Aussi réelles que l’éveil de nos utopies actives,
Aussi magnétiques que l’inconnu qui jamais ne s’égare
Et sait de source foudroyée que toute la place est pour la beauté.

Poème
de l’instant

Marceline Desbordes-Valmore

« Les roses de Saadi »

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée :
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore, « Les roses de Saadi », Poésies de 1830.