Une rhétorique des nuages

d’Hubert Voignier

Une rhétorique des nuages

On s’en remet à la fréquentation salubre des nuages, au commerce de ces splendeurs ineffables planant dans l’atmosphère, nonchalantes, immédiates, indubitables, bien que passagères ; on se raccroche à cette occupation, ce passe-temps favori, comme à la seule et unique planche de salut qui reste dans la déroute – un ultime recours ou secours venu du ciel ! – et l’on s’efforce d’écrire encore pour tenter d’arracher quelques lambeaux d’écume à la fuite éperdue des nuages au loin, ou même redonner forme à ce qui a lieu et s’échappe aussitôt dans les airs, ou bien seulement pour en conserver la trace avec des mots.

Paru le 12 février 2020

Éditeur : Cheyne

Genres de la parution : Prose Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Ludovic Janvier

Bientôt le soleil

« Je ne cherche pas l’essor, l’oubli, la grâce, je sais qu’ils me sont impossibles. Et d’ailleurs je ne le voudrais pas. L’ange me fait peur. Non, je cherche la présence et le poids, ou plus exactement la présence me cherche, le poids me trouve, le poids sur moi de la lumière comme un mur, la présence à plein regard de la mer qui fait masse ou du feuillage hanté par le ciel. De sorte que les jours de timidité, ou de trop fort vouloir, je reste pris dans la glu du moment, prisonnier du trop plein jusqu’à la nausée. Les jours de décision, j’allais dire de légèreté mais ne te vante pas, je vois sortir de moi une réponse, plus ou moins claire, plus ou moins simple, plus ou moins forte. Content ? Non, jamais content. Mais, quand même, content. »

Ludovic Janvier, Bientôt le soleil, Flohic Éditions, 1998.