Un pré - chemin vers

Auteur : Yves Di Manno

Un pré - chemin vers

C’est sans doute vers un seul paysage -immuable, tangible- que l’on s’avance en écrivant que le poème sans fin recommencé tente de circonscrire - en vue d’une lumière, ou d’un apaisement. Un pré, donc- où aurait eu lieu une scène que l’on hésite à transcrire mais dont l’ombre ne cesse de planer, dans la nuit arrêtée, comme un long cri muet. et dont l’image se répète, au fil des ans : on se dirige obstinément vers elle, sans l’atteindre jamais.

Trouée dans le décor -et dans la prose ordinaire- le poème reproduit cette marche immobile, inventant pour la décrire un nouveau tracé prosodique, dont on percevra peut-être ici l’avancée : car si ce sont des coups qui tombent, à la croisée des pages, le périple menant au Pré fut bien d’abord ce chemin vers qui nous y reconduit sans cesse - avant la traversée.

Né en 1954 , Yves di Manno est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages (poésies, essais, récits). Traducteur de Williams, Oppen, Rothenberg, maître d’oeuvre de la récente édition des Cantos d’Ezra Pound, il dirige depuis 1994 la collection Poésie/Flammarion. De Champs (1984) à "endquote" (1999), en passant par Kambuja et Partitions, l’ensemble de son oeuvre poétique a été publié chez Flammarion.

Paru le 24 octobre 2003

Éditeur : Flammarion

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

L’invention de l’écriture

Que la louange soit seule justification de la littérature et de la parole.
La louange et le blâme, à l’extrême de la beauté.
S’exiler de sa langue.
Montrer sa colère et le désagrément des fourmilières.
Refuser les syllabes souillées de mille mains.
Le poète exige sa poésie, comme une mère réclame aux autorités le cadavre de son fils lynché.

Philippe Bordas, L’invention de l’écriture, Éditions Fayard, 2010.