Un lent dépaysage

Auteur : Mireille Fargier-Caruso

Un lent dépaysage

Les herbes hautes d’un arrière-pays. Un jardin. Une maison. Dans cette maison, une chaise. Une femme y est assise, mains posées sur les genoux, mémoire absente. Cette femme, qui est-elle ? Une mère en fin de vie, devenue étrangère à elle-même et aux autres. Lui rendre visite, c’est avoir « le coeur battu, grand ouvert, dévasté. » Pourtant quelque chose naît de ces rencontres de haute solitude. La maison vide s’anime d’une présence enfantine, des éclats de rire fêlent le cristal de l’oubli, des insectes tourbillonnent dans la chaleur de l’été. En dépit des blessures de l’enfance, une jeune fille connaît bientôt « la joie des reins renversés dans la respiration lente des collines. » Une femme meurt d’oubli ; une autre revit l’émergence de sa féminité. Et dans la brèche ouverte par ces existences disjointes, ce long poème, troué de silences, qui me parle du temps à l’oeuvre dans nos vies.

Extrait : « Entre les blancs
Le retour inlassablement
Des images
L’une
Puis l’autre
Arrêt sur visages
Ainsi relire l’oubli »

Paru le 1er juin 2015

Éditeur : Editions Bruno Doucey

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.