Un lent dépaysage

Auteur : Mireille Fargier-Caruso

Un lent dépaysage

Les herbes hautes d’un arrière-pays. Un jardin. Une maison. Dans cette maison, une chaise. Une femme y est assise, mains posées sur les genoux, mémoire absente. Cette femme, qui est-elle ? Une mère en fin de vie, devenue étrangère à elle-même et aux autres. Lui rendre visite, c’est avoir « le coeur battu, grand ouvert, dévasté. » Pourtant quelque chose naît de ces rencontres de haute solitude. La maison vide s’anime d’une présence enfantine, des éclats de rire fêlent le cristal de l’oubli, des insectes tourbillonnent dans la chaleur de l’été. En dépit des blessures de l’enfance, une jeune fille connaît bientôt « la joie des reins renversés dans la respiration lente des collines. » Une femme meurt d’oubli ; une autre revit l’émergence de sa féminité. Et dans la brèche ouverte par ces existences disjointes, ce long poème, troué de silences, qui me parle du temps à l’oeuvre dans nos vies.

Extrait : « Entre les blancs
Le retour inlassablement
Des images
L’une
Puis l’autre
Arrêt sur visages
Ainsi relire l’oubli »

Paru le 1er juin 2015

Éditeur : Editions Bruno Doucey

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.