Trois neuvains pour saluer la mémoire de Jean Follain

Pascal Commère

Dans le frémissement de l’être… » aujourd’hui s’il faut
Me souvenir encore de qui ne parlait de vous
Jamais, « cher Follain », sans adjoindre ces quatre lettres
Adjectives à votre nom et qui rutilent, droite quincaillerie
D’une mémoire amie… Mais voici
Qu’à mon tour passant par ce pays qui sent
Le veau de lait la tripe la pomme à cidre, toutes odeurs
D’un monde clos, meubles lourds et patine, j’en
Viens à célébrer, indicible rumeur

D’un cœur qui se souvient, maints émois, si tant est
Qu’une syntaxe urticante en dehors du sérail
Rende compte à une bourgeoisie de province
D’un sentiment herbeux, telle grandeur vicinale
Plantain ruelle creuse et orties, toute lumière
De plomb au fond des paumes d’un soldat d’empire
Échoué là défait parmi l’ordre terrestre et
Que salue, boitant, un tambour décalé. Alors
Découvrir une maison commune, je préfère

Passé ce qui résiste ici, palme ou cheveu d’ange
Qu’un imparfait, dont la grâce n’en finit pas
De tenir à distance le monde en sa gelée, instaure
En autant de chromos haut perchés qu’une gloire
Jadis notariale glaçait. Cependant que
Guignant d’un œil torve l’enclos des ombres
Un boucher aux doigts froids sculpte à travers la buée
Presque rose à cette heure des nourritures solides
Qui poignent le cœur, tiennent au ventre

Poème
de l’instant

Coplas

La vérité vraiment vraie
jamais ne se cache en l’obscurité,
elle se cache en la pleine clarté.

José Bergamín, « Coplas », Traduction de L.-F. Delisse, Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.