Traverser l’autoroute de Maxime Fleury

Traverser l'autoroute de Maxime Fleury

On a inventé un langage des signes avec mon père, les bras levés au-dessus de la tête. Un coude par-ci, les mains par-là, les bras croisés. On communique comme on peut. « Comment ça va ? Ça va, bien dormi ? Pas mal… » Enfin, moi, c’est ce que je comprends. On n’a jamais pu se parler pour se mettre d’accord sur ce que veut dire chaque signe, vu que si on pouvait se parler, on n’aurait pas besoin de ces signes. On peut pas se parler parce qu’on peut pas passer.

Paru le 1er juin 2017

Éditeur : Cheyne

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.