Tombes de verre

Auteur : Abbas Beydoun

<i>Tombes de verre</i>

traduit de l’arabe par Madona Ayoub, Antoine Jockey et Bernard Noël
(traduction relue par Kadhim Jihad Hassan et Jean-Charles Depaule)
Sindbad, la petite bibliothËque de Sindbad

Cet ouvrage rassemble des poèmes extraits de quatre recueils de Abbas Beydoun, poète libanais unanimement considéré comme l’un des maîtres du vers libre et du poème en prose. Bon connaisseur de la poésie européenne et américaine, critique littéraire pénétrant et chroniqueur politique de talent, il sera invité en France à plusieurs manifestations poétiques au cours de l’année 2007.

Né en 1945 à Ch’our, près de Tyr, au Sud-Liban, Abbas Beydoun est actuellement responsable des pages culturelles du quotidien de Beyrouth As-Safîr. Sindbad / Actes Sud a publié son recueil Le Poème de Tyr (2002) et ses longs entretiens avec Mahmoud Darwich (La Palestine comme métaphore, 1997, et Entretiens sur la poésie, 2006).

Paru le 1er avril 2007

Éditeur : Actes Sud

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage