Tard je t’ai reconnue

Auteur : Jacqueline Persini

Tard je t'ai reconnue

"Dans mes bras ma mère je te prendrai te porterai avec délicatesse
Je te promènerai et nous parlerons encore nous parlerons
Nous irons vers cette rive où on ne tue pas avant de naître
Où dans l’éclat des calanques les voix amenuisent
Le chemin de la soif à la bouche
Mains ouvertes aux clameurs nos souffles tisseront de secrètes marées
Pendant que les lumières chatouilleront des coquillages les oreilles
Si me prend l’envie de courir loin sans te perdre des yeux
Je déposerai là comme un galet ton âme
Ton âme quelque part deviendra nénuphar
Et peut-être visage
Comme à l’orée du jour je me pencherai du haut d’un grand espace
Et ma chair inconnue au seuil de ta vision bercera paysage

N’aies pas peur avec mes petits bras je te protégerai des bêtes de leurs yeux de leurs griffes
Pour que lâche panique tu boiras dans mon ventre plein de gouttes de ciel
Tu deviendras ma ville mon amante aimante aux yeux non chahutés par les cailloux d’ici
Ma lointaine enfermée ma méconnue au cœur brûlé peut-être naîtras-tu dans un autre pays ?"

Paru le 1er juin 2011

Éditeur : Aspect

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.