Tableaux d’une exposition

Tableaux d'une exposition

Sous l’emprunt du titre des œuvres pour piano de Moussorgsky Tableaux d’une exposition, nous nous sommes attachés à rendre envisageable, par le biais de l’art et de la culture quelques considérations sur la modernité, afin de suggérer au lecteur quelques points de vue d’ordre culturel. Il est avant tout le fruit d’un travail en commun de personnes cherchant à susciter autant que possible une libre réflexion ; c’est pourquoi nous invitons humblement le lecteur à faire sa propre promenade à partir de ces tableaux. Cette exposition ne doit pas être perçue comme un manifeste…
Eu égard à nos compétences et à notre état de conscience, fussent-ils plus ou moins préservés des vicissitudes de notre temps, nous nous sommes efforcés, à l’instar de la composition musicale, de rendre compréhensible un ensemble harmonieux sur le crédit des relations entre les classiques et notre logique de situation ; autrement dit, la recherche des modèles chez les anciens nous a permis de reconsidérer la question : quel regard peut-on encore porter sur notre temps ? Et ainsi entrevoir l’avenir par la reconnaissance des anciens. A cela, il convient de se rappeler pourquoi lisons-nous les classiques ? « Les classiques sont des livres qui exercent une influence particulière aussi bien en s’imposant comme inoubliables qu’en se dissimulant dans les replis de la mémoire par assimilation à l’inconscient collectif ou individuel », nous dit Italo Calvino dans La Machine littérature. C’est pourquoi, nous vous demanderons de bien vouloir tenir compte de notre capacité à lier plutôt que celle d’interpréter les écrits philosophiques et artistiques, utilisés comme matériaux pour la réalisation de cette exposition de tableaux.
Ainsi sur ces écrits : que le lecteur porte un regard étymologique, épistémologique ou sémantique, qu’il s’efforce d’établir selon ses qualités des constructions logiques, qu’il ne reste pas captif à l’esthétique des tableaux ni aux sentiments que peut suggérer toute exposition, qu’il brise les brèches, qu’il s’efforce d’aller plus loin, qu’il se reconnaisse pour s’envisager dans le plus grand désintérêt ; telles sont nos exigences à l’égard de tout lecteur pour qui nous sommes tenus en contre partie de lui donner les moyens nécessaires pour qu’il puisse au mieux opérer un choix…

Paru le 1er septembre 2004

Éditeur : La lyre et la licorne

Genre de la parution : Revue

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.