Sous l’imperturbable clarté

Auteur : Jean-Marie Barnaud

Sous l'imperturbable clarté

Préface d’Alain Freixe.

Jean-Marie Barnaud (né en 1937) est un poète discret, même s’il est largement reconnu dans le monde de la poésie (prix Apollinaire, prix Georges Perros, exposition rétrospective à la Bibliothèque de Charleville, chroniqueur éminent de remue. net). Il a bâti au fil des décennies, dans la proche parenté de Jaccottet et Bonnefoy, au reste très attentifs à son travail, une œuvre d’une cohérence et d’une constance rares. Riche de seize livres tous publiés à Cheyne, cette œuvre poétique, qui s’est accompagnée de romans et récits chez Gallimard et Deyrolle notamment, est toute entière vouée à formuler les arguments de la beauté subsistante au cœur des incessants démentis et des inévitables cruautés de l’existence individuelle et de l’histoire collective. On y entend d’un bout à l’autre une voix sobre, pudique, d’une bouleversante humanité dans sa retenue même et qui parle d’emblée intimement au lecteur. Le geste littéraire ici est étroitement tributaire d’une exigence éthique sans faille, comme la manifestaient un Paul Celan ou un Claude Simon, avec lequel le poète a correspondu. Le présent volume qui reprend des poèmes extraits de plusieurs des recueils majeurs de l’auteur et qui est préfacé par le poète et critique Alain Freixe, doit permettre de mieux distinguer la voix haute et singulière de Jean-Marie Barnaud dans la génération des Noël, Venaille, Bancquart ou Deguy.

Paru le 19 septembre 2019

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.