Smog rosé

de Thibault Marthouret

Smog rosé

Le livre s’ouvre.« La ville a fondu. » Bouchée d’apocalypse. Mais pourquoi ?

Les pièces du puzzle se déroulent en été, un seul été, un été dans lequel nous entrons sans cesse jusqu’à ne plus pouvoir en sortir. Tapas en bord d’érosion, orages de grêle, montée des eaux, des vacances tournent au fiasco. Les insectes voient rouge. L’heure est aux débordements. Nous déambulons, suivons un poulet sans tête prénommé Mike jusqu’aux confins. Voyage initiatique et dernier tour de piste. Au gré des étapes, ce « nous » insiste, vacille, s’interroge, se déchire, s’entête.

Deux phénomènes sous-tendent ces instantanés d’été désaxé : d’étranges cratères s’ouvrent sous nos pieds, emportent leurs proies en plein sommeil, dessert, trajet, et des coups de feu partent et ricochent, balles perdues comme des méprises, causes qui renient leurs effets. L’enquête sera planétaire ou ne sera pas.

Dans le « smog rosé », brouillard épais cousu d’anthropocène, nous nous cherchons à en perdre haleine. Le poème déroule cette quête dans un décor qui fond.

Paru le 20 mai 2021

Éditeur : Atelier de l’agneau

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lettres à Sophie Volland

10 juillet 1759,

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ?

Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland.