Si le jour est venu dans un jet d’étendards…

Luc Bérimont

Si le jour est venu dans un jet d’étendards
Le soir s’en est allé avec la proie de l’ombre
Mes frères, les humains, qui veillez sur le tard
Je n’ai connu de vous que l’amitié du pain.

Je penche mon visage à dormir sur ma main
J’entends gonfler des voix dans le gras des collines
Les piverts ont cloué des forêts de sapins
Le feu n’avait plus faim de mes arbres de verre
Une horloge battait à la tempe du temps.

Mes frères, les humains, qui veillez sur la terre
- Maraudeurs accoudés dans le verger des lampes –
Jetez-moi vos fruits d’or jusqu’au frais du matin
Couvrez-moi de vos cris, de soupe, de chaleur
Que je brave la peur, la lune et les feuillages.

« Si le jour est venu dans un jet d’étendards » in Poésies complètes, Presses Universitaires d’Angers

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.