Sept slogans ontophoniques de Gherasim Luca

Sept slogans ontophoniques de Gherasim Luca

Ghérasim Luca, Sept slogans ontophoniques, Éditions Corti, 2008

Les Sept slogans ontophoniques appartiennent à la série de poèmes brefs que Ghérasim Luca conçut et mit en page au début des années soixante.

Faisant tanguer le son et le sens et empruntant aux formes contemporaines de la communication publicitaire (« réclame miracle fade »), ces slogans, proclamations et autres « sémaphorismes », constituent autant d’interpellations énigmatiques (« Crier taire ! »), de formules « hermétiquement ouvertes », d’allitérations para-doxales et humoristiques.

Ces slogans (mot d’origine gaëlique qui désigne un cri de guerre écossais, dit le dictionnaire) appellent dans une langue initiale à une libération totale (« malade de révolution, fou d’amour ») et à l’avènement d’un monde non-oedipien. Le plus court de cette s érie de poèmes brefs intitulé « porte donnant sur la voie » se limite à un seul mot : « paroxysme ». Le dernier (« Déférés, devant un tribunal d’exception »), enluminé par le peintre par le peintre et ami Jacques Hérold, sera placardé dans les rues de Paris, au cours de la nuit du 30 avril au 1er mai 1968. « A quoi bon des poètes en temps de manque ? », demandait Hölderlin.

Paru le 1er avril 2008

Éditeur : José Corti

Genre de la parution : DVD

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.