Revue Europe

n° 1121-1122 - Georges bataille - Jean-Luc Steinmetz

Auteur : Jean-Luc Steinmetz

Revue Europe

GEORGES BATAILLE

C’est paradoxalement que les postérités s’établissent parfois. Celle de Georges Bataille (1897-1962), plus qu’aucune autre. De cette œuvre dont on avait parlé si peu, lui vivant, il y avait peu de chances que l’on parlât davantage, lui mort. Il faut dire qu’il semble s’être plu à semer le trouble chez ses lecteurs, lui qui affirmait : « Je dirai volontiers que ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir brouillé les cartes. » Insaisissable Bataille. Passant sans cesse en contrebande les frontières établies entre les disciplines, traitant les sujets les plus sulfureux, exposant les vues les plus originales, il aura tout fait pour déstabiliser ses lecteurs les plus bienveillants. En effet, poésie, récit ou essai, quel que soit le genre qu’il explorait, Georges Bataille s’est employé à transgresser systématiquement les usages. Il aura abordé, toujours de manière originale, des questions qui appartenaient traditionnellement à l’économie, la politique, l’anthropologie, l’histoire de l’art, la sociologie, et ce avec une manière unique de travailler la langue. C’est sans doute cette singularité qui, précisément, lui valut l’admiration et l’amitié d’écrivains et de penseurs parmi les plus importants de notre XXe siècle. Et qui, de nos jours encore, fait de son œuvre multiple, intense et hétérogène une référence pour de nombreux lecteurs.

JEAN-LUC STEINMETZ

Dans ce même numéro d’Europe, un cahier est consacré à Jean-Luc Steinmetz. Avec lucidité et acuité, ce poète et critique questionne la possibilité qu’aurait encore la poésie de dire notre monde actuel. Pour Jean-Luc Steinmetz, la poésie ne protège pas, elle expose. D’où sa fragilité, sa précarité, sa foncière résistance… et sa grande liberté. Comme le souligne Henri Scepi dans ce cahier : « À la fixité rassurante le poète préfère le mouvement qui délivre, à la stabilité des réponses le vertige des questions, aux arts de vivre l’air de vie — c’est-à-dire la quête de l’ouvert, qui oblige à se replacer au milieu des choses. »

GEORGES BATAILLE

Stéphane Massonet, Jacqueline Risset, Marina Galletti, Stuart Kendall, Jean-Christophe Bailly, Jean-Michel Besnier, Denis Hollier, Lucette Finas, Yannick Haenel, Christian Limousin, Claudine Frank, Nidesh Lawtoo, Raymond Queneau, Maurice Heine, Roger Caillois, Georges Bataille, Jean-Luc Steinmetz, Bernard Noël, Michel Surya, Jean-François Louette, Cédric Mong-Hy, Mathilde Girard.

JEAN-LUC STEINMETZ

François Rannou, Jean-Luc Steinmetz, Béatrice Bonhomme, Lionel Ray, Daniel Leuwers, Laurent Fourcaut, Henri Scepi.

CAHIER DE CRÉATION & CHRONIQUES

Paru le 3 octobre 2022

Éditeur : Europe

Poème
de l’instant

Lokenath Bhattacharya

Le spectateur enchanté

Posté à la fenêtre, dans la maison qui est la sienne, enca-
dré, tableau lui-même, il reste là, à regarder. Son regard
tourné vers qui, quoi ? Vers la rue ? Ne s’y rencontre-t-il,
au contraire, ni chemin ni défilé ? Pas davantage d’arbres,
de collines, de montagnes ? Pas non plus d’êtres vivants,
pas un seul ? N’y trouve-t-on donc que vide infini, ciel illi-
mité, insondable silence ?

Lokhenath Bhattacharya, Le spectateur enchanté, Éditions La Part des anges, 2000.