Retour à Garonne

Gilles Lades

RETOUR A GARONNE
I

La plaine s’aveuglait de grands arbres

un village parfois de maisons éparses
permettait que l’on vive
à portée de voix

loin dans l’éclat du vent
le fleuve rongeait le sable
où s’abattaient les peupliers
( un tronc plus ancien que les crues
s’était formé un îlot
obscurci d’affût)

mes pas s’envasaient de galets
dont l’arôme seul signifiait le fleuve

l’échappée vers le plus haut soleil
l’extase de lumière empourprée
effaçaient un par un les clous de la brume,
avant que le damier de briques
ne mène à la demeure
d’évasion et d’ouvrage

des jeux resteraient prisonniers
d’une ombre verte et d’allées
qui font se rejoindre les années

II

La pluie a remplacé le grand soleil de latérite

l’arbre mort a rejoint l’arbre jeune
les jardins sont séparés de toiles
de branches au hasard

les cèdres
veillent toujours l’errance des bouvreuils

parfois le vent se calme sur la brique
pour un empire gris de la place au canal

des volets verts et bleus
regagnent la mémoire

derrière les maisons sans doute sont les champs
où ferraille le train comme au temps de l’usine
et des péniches sur le morfil de l’eau

derrière les maisons l’amorce des collines
qui ne sont que l’idée d’un tout autre pays
comme une proue de marbre sur la brume

Poème
de l’instant

Papillon qui bats des ailes

Papillon qui bats des ailes
je suis comme toi –
poussière d’être !

Kobayashi Issa, 1763-1828.