Ressusciter quand même - Le matérialisme orphique de Stéphane Mallarmé

d’Alain Lipietz

Ressusciter quand même - Le matérialisme orphique de Stéphane Mallarmé

La grande étude d’Alain Lipietz permet d’en finir avec la vision d’un Mallarmé « qui n’aurait scruté d’autre horizon que celui du langage » (comme écrit Bertrand Marchal, actuel grand éditeur de Mallarmé). Mallarmé a quelque chose à dire, il parle aux hommes et aux femmes de notre temps et, même si l’auteur a de fortes réticences envers son élitisme, il tient son message pour essentiel.
Alain Lipietz nomme « orphique » cette poésie. Mallarmé y ajoute une dimension propre : son athéisme, son matérialisme. Ce matérialisme orphique constitue la « religion de Mallarmé » : sa façon à lui d’affronter le problème du sens de la vie sous le regard de la mort, de ressusciter quand même. Elle pourrait servir d’éthique aux femmes et aux hommes du XXIe siècle, autour d’une écologie sociale.

Paru le 4 février 2021

Éditeur : Le Temps des cerises

Genre de la parution : Essai

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Georges Didi-Huberman

Survivance des lucioles

Les lucioles, il ne tient qu’à nous de ne pas les voir disparaître. Or, nous devons pour cela, assumer nous-mêmes la liberté du mouvement, le retrait qui ne soit pas repli, la force diagonale, la faculté de faire apparaître des parcelles d’humanité, le désir indestructible. Nous devons donc nous-mêmes - en retrait du règne et de la gloire, dans la brèche ouverte entre le passé et le futur - devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensée à transmettre. Dire oui dans la nuit traversée de lueurs, et ne pas se contenter de décrire le non de la lumière qui nous aveugle.

Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles, Éditions de Minuit, 2009.