Regards fauves

Tania Tchénio

Regards fauves

Illustrations Anne Leloup.

Elle sent les mots coller à elle comme du goudron.

Elle a appris à voir sans regarder, à rester impassible.

Pas de larmes. Elle sait reconnaître l’attitude de celui

qui s’approche et qui va mordre. Les yeux qui brillent

un peu. L’air détaché et content de soi.

Quelque chose en elle est devenu poisseux.

Elle suit les pointillés pour disparaître.

Paru le 25 février 2019

Éditeur : Cheyne

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.