Quelle terreur en nous ne veut pas finir ?

Auteur : Frédéric Boyer

Quelle terreur en nous ne veut pas finir ?

Le fait d’être humain ne procède pas uniquement de nous-mêmes, comme le fait d’être d’une culture, d’une histoire ne procède pas d’un seul autre, ou d’un seul semblable, mais de l’ensemble des autres, de tous les semblables, et plus loin encore de l’autre à venir, du dissemblable, de l’étranger, de l’autre culture, de l’autre histoire. Où et comment se pose la question de l’honneur à cet instant ? N’est-ce pas à cette pliure que fait courir à l’espèce le mépris, l’incompréhension, le refus de l’autre ?
Aujourd’hui nous devons faire face. Et savoir d’instinct, savoir sans le comprendre que la seule force, la seule valeur, la seule dignité, c’est de ne pas comprendre si comprendre nous fait renoncer à l’amour de l’autre. Voilà ce qui fonde, voilà ce qui fait la légitimité non seulement d’une existence mais de toute communauté.

Paru le 5 mars 2015

Éditeur : POL

Genre de la parution : Prose

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Georges Didi-Huberman

Survivance des lucioles

Les lucioles, il ne tient qu’à nous de ne pas les voir disparaître. Or, nous devons pour cela, assumer nous-mêmes la liberté du mouvement, le retrait qui ne soit pas repli, la force diagonale, la faculté de faire apparaître des parcelles d’humanité, le désir indestructible. Nous devons donc nous-mêmes - en retrait du règne et de la gloire, dans la brèche ouverte entre le passé et le futur - devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensée à transmettre. Dire oui dans la nuit traversée de lueurs, et ne pas se contenter de décrire le non de la lumière qui nous aveugle.

Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles, Éditions de Minuit, 2009.