Quatorze ans

Marylin Hacker

Les robes qu’on achetait ne m’allaient jamais,
imitées, au noir, de ces silhouettes fines
dont je suivais les modèles dans Seventeen.
Ça pinçait sous les bras, la ceinture jurait,
la jupe plongeait trop (gare à moi à l\’école).
Nos occases donnaient dans la caricature
mais le samedi on courait les devantures.
Devant chez Loehmann, un jour, ses jambes flageolent,
la voilà qui écume et crie après moi. Elle
a comme une crise et lâche tout pêle-mêle.
Je pense à son diabète mais le flic lance :
« Elle est saoule », et il fait venir une ambulance ;
pendant qu’elle m’invective, en repoussant mes mains.
En manque de mère, je cours les magasins.

Marilyn Hacker

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Migrenne

Poème
de l’instant

Charles Juliet

Une joie secrète

immergés
tous deux
au plus reculé
d’un silence
qui efface
le monde

la calme
tension
de ton écoute

prends
prends
mes mots

donnons-nous
du vivant

Charles Juliet, Une joie secrète, Voix d’encre, 2002.