Quand je l’aurai tout bu (poésies 1927-1932) de Gertrud Kolmar

Quand je l'aurai tout bu (poésies 1927-1932) de Gertrud Kolmar

Gertrud (Chodziesner) Kolmar est née à Berlin le 10 décembre 1894. Sa vie, dans son éloignement des grands événements et des cercles littéraires, ressemble à celle d’Emily Dickinson et sa poésie, qu’on a si peu publié de son vivant, est restée pratiquement inconnue jusqu’après sa mort. Elle a écrit la partie de son œuvre poétique la plus forte dans les années 1920-1930, une période malheureuse pour un poète allemand et désespérément tragique pour une allemande juive. Incapable d’échapper au Troisième Reich, elle a été d’abord condamnée au travail forcé dans les usines de munitions et déportée ensuite à Auschwitz en 1943 pour y être assassinée.

Gertrud Kolmar a cherché le refuge dans le monde physique, autour de quelques thèmes centraux : la nature de la femme et de ses passions, les miracles de la terre et de la mer et de leurs habitants, les créatures animales.

Son style est matériel, sensuel, il bruit de mille choses : mais nulle réalité dont on ait fait l’expérience d’abord, seuls "les paradis artificiels" qui n’existent que dans les rêves seuls.

Contrairement à leur auteur, les poésies de Gertrud Kolmar ont réchappé à l’holocauste nazi et ont été finalement publiées en Allemagne en 1955. Certains qui connaissent son travail la classent à côté de ses compatriotes, Else Lasker-Schüler et Nelly Sachs alors que d’autres la considèrent comme simplement la poétesse juive la plus importante.

Paru le 1er juin 2014

Éditeur : Circé

Genre de la parution : Version bilingue

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.