Psaume

Giuseppe Conte

J’ose t’invoquer dans cette Europe aveugle
éreintée par la chaleur et par la sécheresse
rongée par les déluges et les éboulements,
continent de cendre et de purins
dont Rien et Hypermarchés
sont les souverains incontestés.

J’ose t’invoquer, j’ose espérer, ô Poésie.

Sans être ni David ni Salomon
sans posséder ni Bethsabée ni la Sulamite
et sans connaître le langage
des éperviers ni celui des fourmis
je t’invoque, reviens
reviens comme un mai
lumineux-sauvage
et comme le premier rayon
souffle blanchissant
de l’aube.

Reviens, reviens.
Reviens : forêts, âmes, cathédrales.
Reviens : bleus jardins orientaux.
Reviens, reviens
Vierge, Vénus, Afrique.

Tu ne seras plus la même
tu migreras, tu changeras
et nous, nous ne te verrons pas
pas plus que Moïse n’a vu la Terre Promise.

Mais reviens, reviens, ô Poésie.
J’ose t’invoquer, j’ose espérer.
Assis sur la rive du torrent asséché j’attends
Et parmi les ruines je chante encore.

Traduction de Moussia Barnaud

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004

Poème
de l’instant

« Fabulation »

« Cela » : cet inconnu sis au plus intime de soi comme une abeille lovée dans l’ombre pourpre des pétales d’une rose tout en plis et replis pour s’y nourrir de son odeur, de ses sucs, de sa chair, de sa tiédeur. De ses secrets.

Sylvie Germain, « Fabulation », Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.