Prenez la parole

Lawrence Ferlinghetti

Et une vaste paranoïa déferle sur le pays
Et l’Amérique transforme l’attentat contre ses Tours jumelles
En début d’une Troisième Guerre Mondiale
La Guerre contre le Tiers-Monde

Et les terroristes de Washington
Expédient tous les jeunes gens
Une fois de plus vers les champs de tuerie

Et personne ne dit rien

Et l’on débarque
Tout ce qui porte turban
Et l’on évacue
Tous les douteux immigrants

Et ils expédient tous les jeunes gens
Une fois de plus vers les champs de tuerie

Et personne ne dit rien

Et lorsque se réuniront
Tous les grands écrivains les poètes les peintres
Le Cercle National des Arts de Complaisance
Ne dira rien
Alors que tous les jeunes gens
Une fois de plus tueront tous les jeunes gens
Dans les champs de tuerie

L’heure est venue pour vous de parler
Vous tous amants de la liberté
Vous tous amants en quête du bonheur
Vous tous amoureux et dormeurs
Enfoncés dans vos rêves intimes
L’heure est venue de vous prononcer
Ô majorité silencieuse
Avant qu’ils viennent vous chercher !

Lawrence Ferlinghetti, extrait de PRENEZ LA PAROLE, in Blind Poet, ed. Maëlstrom & Le Veilleur, Traduit de l\’anglais (USA) par Marianne Costa

Poème
de l’instant

Politique de l’amour

L’amour est blanc parce qu’il est la somme de toutes les couleurs, parce qu’il est la gomme qui m’efface, m’épelle et fait valser l’alphabet de mon identité, parce qu’il est le trou au travers de mon corps, le cerceau par où le jour entre et sort, bondit et se propage en rugissant dans ma chair nue.

Alina Reyes, Politique de l’amour, Éditions Zulma, 2002.