Poussière de jean-michel reynard, comme de personne

Emmanuel Laugier

ce que vous me dites
jean-michel
reflue maintenant
dans mon maintenant ici
ici
j’ai souvenance : votre main grande
ouverte ongles ras
ouvrière ( d’horribles travailleurs
on entend le pic tourner la langue
et la votre brille au cœur de l’eau
des fleurs
ce cœur — qui cherche,
parcourant le solitaire bond)

elle parle presque
pacifiée presque aussi
de ne pas le savoir / de le savoir
en face de vous vous entendre
dire
nommer
sans détour le livre
rincé — terminé — ouvert
où voilà vous voilà rincé —
terminé et rouvert et
mort vous ne le seriez plus
jamais jamais
mais votre main s’est posée sur la table
je pense maintenant que je pense
au Formica rouge de la table
qui n’est pas la route où partir
au rendez-vous à
l’antépénultième grain laissé
de votre voix
basse éraillée douce au café
sa douce anse
que maintenant je porte
dans mes vêtements au fond
pavot cousu sur le cœur
(septembre deux mille quatre, en arles

Poème
de l’instant

Hawad

Détournement d’horizon

Sur toute cette terre,
dos craquelé par la lâcheté,
aucune tête libre et rebelle
hormis celle de mon chameau,
démarche et regard fiers,
hautains et nostalgiques,
déversant son incrédulité
sur le monde au crépuscule.

Hawad, Détournement d’horizon, éditions Grèges, 2002.