Poussière de jean-michel reynard, comme de personne

Emmanuel Laugier

ce que vous me dites
jean-michel
reflue maintenant
dans mon maintenant ici
ici
j’ai souvenance : votre main grande
ouverte ongles ras
ouvrière ( d’horribles travailleurs
on entend le pic tourner la langue
et la votre brille au cœur de l’eau
des fleurs
ce cœur — qui cherche,
parcourant le solitaire bond)

elle parle presque
pacifiée presque aussi
de ne pas le savoir / de le savoir
en face de vous vous entendre
dire
nommer
sans détour le livre
rincé — terminé — ouvert
où voilà vous voilà rincé —
terminé et rouvert et
mort vous ne le seriez plus
jamais jamais
mais votre main s’est posée sur la table
je pense maintenant que je pense
au Formica rouge de la table
qui n’est pas la route où partir
au rendez-vous à
l’antépénultième grain laissé
de votre voix
basse éraillée douce au café
sa douce anse
que maintenant je porte
dans mes vêtements au fond
pavot cousu sur le cœur
(septembre deux mille quatre, en arles

Poème
de l’instant

Jean-Pierre Verheggen

Courage / Courrèges

Rappelons-nous que la poésie se niche aussi
dans les voisinages, tant congrus qu’incongrus,
- voire crus ! - de mots parfois peu congénères
qui sommeillent dans le même dictionnaire !
Qu’on les réveille et voilà le substantif courage,
apparemment sans cousinage avec la poésie,
qui soudain s’accoquine, de manière inattendue,
avec André Courrège, le grand couturier,
inventeur , dans les années 60 de la jupe-culotte
qu’osèrent porter en rue de courageuses femmes
prêtes à affronter les quolibets, les regards
lubriques, les injures et autres harcèlements
machistes d’effrontés « passant qui passent »

Saluons donc, aujourd’hui plus que jamais,
ces « hirondelles printanières », ces militantes
avant-gardistes qui n’hésitèrent pas -ô avril ! -
« à se découvrir d’un fil » pour défendre

la Beauté et la Liberté poétique de leur corps !

Jean-Pierre Verheggen « Courage / Courrèges », inédit pour le Printemps des Poètes 2020