Poète, mœurs et confins

Auteur : Christian Doumet

Ce livre est le fruit d’un travail d’atelier. Il se présente sous la forme libre d’une suite de notes prises, pendant deux ans environ, en marge de l’écriture de poèmes destinés ou non à la publication. Ces notes se fixent comme objet commun d’interroger le faire du poème – sa genèse comme dit Poe. Non tant le résultat que les conditions, les procédures, les cheminements dont il dépend.
Elles traitent donc, sous toutes leurs formes, des manières du poète (de ses mœurs) : modes de vie, relations matérielles à l’écriture, organisation empirique ; mais aussi des manières imprévisibles du poème, de ses résistances, de ses facilités, surtout de ses suspens (les confins). Car c’est, la plupart du temps, dans l’attente stérile du poème que se révèle le mieux la vérité mentale et la portée humaine de l’événement singulier qu’il constitue.
Dans la mesure où ils sont susceptibles d’éclairer le propos, l’auteur n’a pas hésité à fournir les produits du travail : chemin faisant, le discours réflexif cède la place au poème qui l’a inspiré. Non dans le souci de donner des preuves. Mais parce qu’une théorie n’a de sens, à ses yeux, qu’à condition de courir le risque de ses applications.
Ce livre n’est pas séparable, dans sa conception, des notes plus générales qui paraîtront au même moment sous le titre : Rumeurs de la fabrique du monde (chez J. Corti). En un sens, ce qui se fait entendre ici n’est rien d’autre que la « rumeur de la fabrique du poème ».

Paru le 1er avril 2004

Éditeur : Champ Vallon

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Jean-Pierre Verheggen

Courage / Courrèges

Rappelons-nous que la poésie se niche aussi
dans les voisinages, tant congrus qu’incongrus,
- voire crus ! - de mots parfois peu congénères
qui sommeillent dans le même dictionnaire !
Qu’on les réveille et voilà le substantif courage,
apparemment sans cousinage avec la poésie,
qui soudain s’accoquine, de manière inattendue,
avec André Courrège, le grand couturier,
inventeur , dans les années 60 de la jupe-culotte
qu’osèrent porter en rue de courageuses femmes
prêtes à affronter les quolibets, les regards
lubriques, les injures et autres harcèlements
machistes d’effrontés « passant qui passent »

Saluons donc, aujourd’hui plus que jamais,
ces « hirondelles printanières », ces militantes
avant-gardistes qui n’hésitèrent pas -ô avril ! -
« à se découvrir d’un fil » pour défendre

la Beauté et la Liberté poétique de leur corps !

Jean-Pierre Verheggen « Courage / Courrèges », inédit pour le Printemps des Poètes 2020