Poèmes

Le cœur en larmes

Tahar Bekri

Le cœur en larmes
Le sourire en berne
La tristesse comme l’hiver
Le front en sueur comme l’arbre nu
Ce sont vos plumes alertes
Au plus haut de ma main
Que je sacre chants de liberté
Je suis Charlie
Tahar BEKRI

Survivre à Charlie Hebdo

A Charb, à Cabu, à Tignous, à Wolinski, à Oncle Bernard…
Fasciste-est-là
Bouche arrachée
Et nous
Où sommes-nous ?
Fasciste-est-là
Le rire saigne
Et nous
Où sommes-nous ?
Fasciste-est-là
Intelligence blessée
Et nous
Où sommes-nous ?
Fasciste-est-là
Libre pensée assassinée
Et nous
Où sommes-nous ?
Fasciste-est-là
Corps mutilés
Et nous
Où sommes-nous ?
Fasciste-est-là
L’horizon barbelé
Et nous
Où sommes-nous ?
Bouche ouverte
Nous sommes là
Rire en berne
Nous sommes là
Intelligence en (…)

A qui tue par idéal

Marc Desombre

Ne sais-tu pas combien Dieu s’est vêtu de silence Et n’ordonne plus Que cherches-tu dans le bruit et la fureur Dans l’arrêt du voilier par ton rêve Insensible insensé Qu’existe-t-il hors la vie Les départs les aubes recommencées Les carreaux de givre sur la vitre Te souviens-tu du souffle sur ton berceau Du pas frêle de ton amoureuse un matin de neige Dis que sais-tu de cet amour Qui se donne et ne reprend pas De cette perte et de la porte Que sais-tu de la liberté qui jamais ne meurt Même sous le (…)

Georges Wolinski

Francis Combes

Ses dessins disaient le désir, la vie, l’amour, le plaisir. Et même dans la satire il restait gentil. Sous son crayon le printemps frisait au cœur de l’hiver et la Terre se fleurissait de femmes…
Pour seule arme au service de la vie et de la vérité ses amis et lui n’avaient qu’un crayon. C’est pourquoi ceux qui ont l’ignorance et la mort pour toute religion les ont tués.
(Mort atroce et héroïque de ceux qui ne rêvaient pas d’être des héros).
Georges disait « On peut être féroce, jamais méchant ». Ils (…)

UN NOUVEAU PRÉNOM À DONNER AUX ENFANTS QUI NAISSENT

Serge Pey

Quand je suis né
ma mère m’a donné un nom
que je n’ai pas choisi
au milieu des alphabets et des lettres
Je l’ai porté sans arrêt jusqu’à user
mes adresses mes signatures
et même la tombe
et le silence de mes photos
Mais depuis ce matin
J’ai changé de nom et d’adresse
Je m’appelle désormais Charlie
rue de Charlie
comme des milliers d’hommes et de chiens
et de femmes et de cris
comme Alpha Bravo
Charlie Delta Echo
Entièrement Charlie
Absolument Charlie
Parce que j’ai ma cartouchière
pleine (…)

Bran reprend du service

Dominique Sorrente

à ceux de la bande à Charlie,
à leurs proches, aux ami-e-s inconnu-e-s
du 7 janvier 2015
Alors Bran monte sur son tabouret, un coquelicot entre les lèvres. Et il ouvre les guillemets : « Puisque Dieu-unique-grand vengeur débarque ainsi avec vos joujoux tueurs entre les mains pour faire de tels ravages, je salue Dieu-le-petit, le minuscule, le rabougri, le souffreteux, le malingre, le sans article défini, la petite chose, le rien du tout, le si invisible qu’il n’a plus besoin de vos délires (…)

Inconnus mais pas étrangers

Yvon Le Men

va à l’étranger comme chez ton ami et chez ton ami comme à l’étranger
Depuis longtemps nos langues nous séparent malgré les montagnes les plaines les rivières
que nous avons grimpées traversées longées
depuis longtemps nos dieux nous séparent malgré le désert le ciel la mer
que nous avons priés
Le pommier est-il l’étranger du pin l’oranger, celui du chêne
le reflet du peuplier dans la rivière de Castille est-il plus clair que celui du bouleau
dans un lac de Finlande
la neige qui tombe à Odense au (…)

Naissance sans fin (suite)

Annie Salager

Un être inconnu collectif
s’est soulevé contre
la régression de l’humain
où la barbarie voudrait
nous contraindre
nous emprisonner
ce 11 janvier 2015
une résistance s’est révélée
à elle-même
en chacun de nous
par millions d’individus
citoyens qui avons marché
nous sommes vus
les uns les autres
*
Sur terre des millions d’hommes femmes
solidaires disant non à l’attentat aux attentats
ont dit oui à la liberté
*
D’elle nous sommes devenus
un instant le flambeau
étonnés de le (…)

Ecoute

Paul Bergèse

Écoute,
le ruisseau l’a dit.
Le torrent, la rivière,
les fleuves et les mers,
les océans aussi.
Puis les vents et les nues
à leur tour l’ont repris.
Les échos l’ont porté
jusques à l’infini.
Écoute
"Je suis Charlie"
le 15/01/2015
Paul Bergèse

Manifeste de la fureur

Antoine Simon

MANIFESTE DE LA FUREUR Je suis furieux ! je suis furieux parce que la fureur est le seul remède contre l’effroi auquel vous soumet, auquel nous soumet le monde je suis furieux ! je suis furieux qu’on ait changé vos existences, mon existence, cette capacité d’apprécier les instants et les fleurs, en objets, en vecteurs de consommation et d’information, et de consommation d’information, je suis furieux ! je suis furieux parce que vous mélangez, nous (…)

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.