Poèmes

Pas à pas approché…

Patrick Joquel

Pas à pas approché
l’horizon
regard rose et couchant
veille
incroyablement lumineux
Pas à pas recherché
l’horizon
souffle intime et lent
éveille
en soi des nuits d’ivoire-feux
in Contre toute haine la parole

Aphorismes

Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent. Victor Hugo
Plus il y a de poésie, plus il y a de réalité. Novalis
Le poète est le législateur non reconnu du réel. Percy Bysshe Shelley
O Soleil c’est le temps de la raison ardente. Guillaume Apollinaire

Seulette de Christine de Pisan

Seulette
Seulette suis et seulette veux être,
Seulette m’a mon doux ami laissée,
Seulette suis sans compagnon ni maître,
Seulette suis, dolente et courroucée,
Seulette suis en langueur malaisée,
Seulette suis plus que nulle égarée,
Seulette suis, sans ami demeurée.
Seulette suis à huis ou à fenêtre,
Seulette suis en un angle mussée,
Seulette suis pour de pleurs me repaître,
Seulette suis, dolente ou apaisée,
Seulette suis, rien n’est qui tant me siée,
Seulette suis en ma chambre enserrée, (…)

Prenez la parole

Lawrence Ferlinghetti

Et une vaste paranoïa déferle sur le pays
Et l’Amérique transforme l’attentat contre ses Tours jumelles
En début d’une Troisième Guerre Mondiale
La Guerre contre le Tiers-Monde
Et les terroristes de Washington
Expédient tous les jeunes gens
Une fois de plus vers les champs de tuerie
Et personne ne dit rien
Et l’on débarque
Tout ce qui porte turban
Et l’on évacue
Tous les douteux immigrants
Et ils expédient tous les jeunes gens
Une fois de plus vers les champs de tuerie
Et personne ne dit (…)

Hymne à l’égalité d’Henri Chénier

Hymne à l’égalité
Égalité douce et touchante, Sur qui reposent nos destins, C’est aujourd’hui que l’on te chante, Parmi les jeux et les festins.
Ce jour est saint pour la patrie ; Il est fameux par tes bienfaits C’est le jour où ta voix chérie Vint rapprocher tous les Français
Tu vis tomber l’amas servile Des titres fastueux et vains, Hochets d’un orgueil imbécile Qui foulait aux pieds les humains.
Tu brisas des fers sacrilèges ; Des peuples tu conquis les droits ; Tu détrônas les privilèges (…)

Je ne sais plus de Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

Je ne sais plus, je ne veux plus
Je ne sais plus d’où naissait ma colère ;
Il a parlé… ses torts sont disparus ;
Ses yeux priaient, sa bouche voulait plaire :
Où fuyais-tu, ma timide colère ?
Je ne sais plus.
Je ne veux plus regarder ce que j’aime ;
Dès qu’il sourit, tous mes pleurs sont perdus ;
En vain, par force ou par douceur suprême,
L’amour et lui veulent encor que j’aime ;
Je ne veux plus.
Je ne sais plus le fuir en son absence,
Tous mes serments alors sont superflus.
Sans me (…)

Enivrez-vous de Charles Baudelaire

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à (…)

Extrait de Pantagruel de François Rabelais (1494-1553)

François Rabelais (1494-1553)
« […] des nouvelles des diables et des damnéz »
Car je veis Alexandre le Grand qui rapetassoit de vielles chausses et ainsi gagnoit sa pauvre vie.
Xercès crioit la moustarde,
Romule estoit saulnier,
Numa, clouatier,
Tarquin, tacquin,
Piso, païsant,
Sylla, riveran
Gallien restauré, preneur de taulpes,
Les quatre filz Aymon, arracheurs de dentz,
Le pape Calixte estoit barbier de maujoinct,
Le pape Urbain, croquelardon,
Mélusine estoit souillarde de cuisyne, (…)

C’est pour la bonne cause - slogans

Claude Vercey

Le poème
prend la vie
au mot
et le livre

C’est pour la bonne cause - slogans

Claude Vercey

De sa dure pointe de diamant
la poésie écrit
sur la vitre de la vie

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.