Poèmes

Catherine

Alain Duault

Découvrir ci-dessous l’interprétation par deux élèves du lycée JASA de Fontainebleau

Où es-tu ?

Richard Rognet

Découvrir ci-dessous l’interprétation du poème par une élève du lycée JASA de Fontainebleau

On disait

Mireille Fargier-Caruso

On disait qu’ils visaient les enfants
Qui jouaient sur les terrains vagues
On disait qu’ils visaient les cafés
L’horizon, l’ouvert
Ils saccageaient la joie, les corps
Défiguraient l’immense
Des cerveaux devenus poreux
On disait qu’ils tarissaient les sources
Bannissaient en eux les couleurs de l’humain
Plus que tout, ils aimaient la mort
Follement noirs, des corbeaux
Annonçaient le règne de la nuit
Ils ne savaient pas
Que l’on garderait la musique en nous
Ils ne savaient pas (…)

À BANGUI-LA-COQUETTE

Gérard Le Gouic

Je voudrais vous réunir tous ici
comme autrefois à la Conféco,
le temple de la chemise camerounaise :
Jean-Baptiste Hounkponeu, le Togolais,
sévère et soupçonneux comme un gérant de stocks,
le Sénégalais Bâ Tapsir, rabatteur à son compte,
des chiffres d’affaires mirobolants dans les yeux,
le Tchadien commerçant au KM 5
Issène Bourma tel un papillon blanc
aux ailes de boubou au-dessus des lots,
et puis l’aide-vendeur, le livreur Benoît,
le gardien de nuit, le lépreux sous les arcades.
Et (…)

D’UN CARNET DE BROUSSE

Gérard Le Gouic

La lumière naît d’une aube incertaine,
on dirait des mares ou du sommeil des arbres.
Le long bâton du berger semblable
de loin à la gaule du piroguier
qui s’étire au-dessus du fleuve.
L’arrêt glissé pour lancer le filet,
la halte pour attendre la bête isolée.
Au soir chacun se lave
des cendres de la grande chaleur,
Se vêt pour la nuit du pagne de la ténèbre.
Gérard Le Gouic
(inédit (…)

Roman d’Arthur Rimbaud

Aimé Césaire

Roman
I
On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans.
Un beau soir, - foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants ! -
On va sous les tilleuls verts de la promenade.
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin.
L’air est parfois si doux qu’on ferme la paupière.
Le vent chargé de bruits - la ville n’est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière.
(…)
II
Nuit de juin ! Dix-sept ans !… On se laisse griser. (…)

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.