Poèmes

Ma vie est une chanson de Francis Bebey

On me demande parfois d’où je viens
Et je réponds ‘Je n’en sais rien
Depuis longtemps je suis sur le chemin
Qui me conduit jusqu’ici
Mais je sais que je suis né de l’amour
De la terre avec le soleil’
Toute ma vie est une chanson
Que je chante pour dire combien je t’aime
Toute ma vie est une chanson
Que je fredonne auprès de toi
Ce soir il a plu, la route est mouillée
Mais je veux rester près de toi
Et t’emmener au pays d’où je viens
Où j’ai caché mon secret
Et toi aussi tu naîtras de (…)

Propriétaire de rien…

Valérie Rouzeau

Propriétaire de rien
Employée de personne
Ma vie me l’improvise
Au fur et à mesure
Apples and pears
I go upstairs
Argot rimé ficelle
Je grimpe à mon échelle
Quand m’éprouvette grenouille
Devinette météo
Avec vieux scoubidou
M’entête et perds mes vers
C’est pépins pour ma pomme
Je coupe en deux cette poire.
Valérie Rouzeau, Vrouz, La table ronde

Chaka

Léopold Sédar Senghor

Tam-Tam au loin, rythme sans voix qui fait la nuit et tous les villages au loin
Par-delà forêts et collines, par-delà le sommeil des marigots…
Et moi je suis celui-qui-accompagne, je suis le genou au flanc du tam-tam, je suis la baguette sculptée
La pirogue qui fend le fleuve, la main qui sème dans le ciel, le pied dans le ventre de la terre
Le pilon qui épouse la courbe mélodieuse. Je suis la baguette qui bat laboure le tam-tam.
Qui parle de monotonie ? La joie est monotone la beauté (…)

Retour d’écho de Juliette Darle

à Bachir Touré
L’étalon frère du fleuve
La cavale qui résiste
à la brisure des eaux
Leur prescience du vertige
Haute résonance Force
vitale du chant Cristal
de la première caverne
Voix du bronze sans fêlure
Quels feulements insatiables
d’horizons ramènent-ils
ce battement de pieds nus
ce grand galop du soleil
sous l’arbre des millénaires
BACHIR TOURE : Comédien et chanteur de haute volée. C’est avec tambourins et guitare que Bachir Touré interpréta magistralement "Chanson brésilienne", un (…)

Chaka

Léopold Sédar Senghor

Tam-Tam au loin, rythme sans voix qui fait la nuit et tous les villages au loin
Par-delà forêts et collines, par-delà le sommeil des marigots…
Et moi je suis celui-qui-accompagne, je suis le genou au flanc du tam-tam, je suis la baguette sculptée
La pirogue qui fend le fleuve, la main qui sème dans le ciel, le pied dans le ventre de la terre
Le pilon qui épouse la courbe mélodieuse. Je suis la baguette qui bat laboure le tam-tam.
Qui parle de monotonie ? La joie est monotone la beauté (…)

Le coeur qui bat

Gabriel Mwènè Okoundji

Le coeur qui bat ne se réjouit pas de la blessure du ver de terre
le coeur qui bat soutient le combat de l’homme face aux chimères
le coeur qui bat révèle le murmure du sentier quand vient le doute
Tout homme a deux mains : la main qui nourrit et la main qui reçoit
la main qui nourrit est offrande : ne mords pas la main qui nourrit !
Dans la main qui reçoit advient le monde : promesse que tient la vie !
ne mords pas la main qui nourrit, n’offense pas la main qui reçoit
Frère, le sang du (…)

les statues ne meurent pas

Laurent Grison

à Ousmane Sow
lutteur masaï
bronze né de la terre
veille l’histoire ébréchée
(chair rouge et peau vive
se consument dans la fonte
des flux contraires)
lutteur zoulou
geste rituel
brave les affres de l’Afrique
(dans la libre lumière
s’écrit le poème noir
de l’humanité)
lutteur nouba
grande figure
anime l’espérance

Afroascendance

Suzanne Dracius

Afrodescendante, afrodescendante…
Plutôt qu’afrodescendante,
elle se sent afromontante,
forte de son afroascendance.
Non, ses racines africaines ne l’entravent pas.
Bien au contraire, en femme debout,
en Caribéenne surtout,
elle sent que, grâce à elles,
tel un arbre elle pousse, elle s’élève.
Elle ne se prend pas les pieds dans ses racines.
En équilibre, libre, elle danse,
au fil de son afroascendance.
Elles sont aériennes, ses racines,
ascensionnelles, sensationnelles,
à l’instar des (…)

Comme un oiseau bleu…

Tanella Boni

comme un oiseau bleu
porteur de grains multicolores
dans un jour qui se meurt
je marche la parole haute
dans une forêt de lianes
sur une toile d’araignée
poème est mon nom d’initiation
espoir mon code passeur d’étoiles
Tanella Boni,
Extrait de "Jusqu’au souvenir de ton visage",
Alfabarre / 2011

L’île du dedans

Zéno Bianu

Infiniment proche et le désespoir n’existe pas

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.