Poèmes

Le Discours sur la paix de Jacques Prévert

Vers la fin d’un discours extrêmement important
le grand homme d’État trébuchant
sur une belle phrase creuse
tombe dedans
et désemparé la bouche grande ouverte
haletant
montre les dents
et la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements
met à vif le nerf de la guerre
la délicate question d’argent.
Jacques Prévert, France (1900 - 1977)
« Le Discours sur la paix », extrait de Paroles, 1945, Éditions (…)

Ma vie est une chanson de Francis Bebey

On me demande parfois d’où je viens
Et je réponds ‘Je n’en sais rien
Depuis longtemps je suis sur le chemin
Qui me conduit jusqu’ici
Mais je sais que je suis né de l’amour
De la terre avec le soleil’
Toute ma vie est une chanson
Que je chante pour dire combien je t’aime
Toute ma vie est une chanson
Que je fredonne auprès de toi
Ce soir il a plu, la route est mouillée
Mais je veux rester près de toi
Et t’emmener au pays d’où je viens
Où j’ai caché mon secret
Et toi aussi tu naîtras de (…)

Propriétaire de rien…

Valérie Rouzeau

Propriétaire de rien
Employée de personne
Ma vie me l’improvise
Au fur et à mesure
Apples and pears
I go upstairs
Argot rimé ficelle
Je grimpe à mon échelle
Quand m’éprouvette grenouille
Devinette météo
Avec vieux scoubidou
M’entête et perds mes vers
C’est pépins pour ma pomme
Je coupe en deux cette poire.
Valérie Rouzeau, Vrouz, La table ronde

Chaka

Léopold Sédar Senghor

Tam-Tam au loin, rythme sans voix qui fait la nuit et tous les villages au loin
Par-delà forêts et collines, par-delà le sommeil des marigots…
Et moi je suis celui-qui-accompagne, je suis le genou au flanc du tam-tam, je suis la baguette sculptée
La pirogue qui fend le fleuve, la main qui sème dans le ciel, le pied dans le ventre de la terre
Le pilon qui épouse la courbe mélodieuse. Je suis la baguette qui bat laboure le tam-tam.
Qui parle de monotonie ? La joie est monotone la beauté (…)

Retour d’écho de Juliette Darle

à Bachir Touré
L’étalon frère du fleuve
La cavale qui résiste
à la brisure des eaux
Leur prescience du vertige
Haute résonance Force
vitale du chant Cristal
de la première caverne
Voix du bronze sans fêlure
Quels feulements insatiables
d’horizons ramènent-ils
ce battement de pieds nus
ce grand galop du soleil
sous l’arbre des millénaires
BACHIR TOURE : Comédien et chanteur de haute volée. C’est avec tambourins et guitare que Bachir Touré interpréta magistralement "Chanson brésilienne", un (…)

Chaka

Léopold Sédar Senghor

Tam-Tam au loin, rythme sans voix qui fait la nuit et tous les villages au loin
Par-delà forêts et collines, par-delà le sommeil des marigots…
Et moi je suis celui-qui-accompagne, je suis le genou au flanc du tam-tam, je suis la baguette sculptée
La pirogue qui fend le fleuve, la main qui sème dans le ciel, le pied dans le ventre de la terre
Le pilon qui épouse la courbe mélodieuse. Je suis la baguette qui bat laboure le tam-tam.
Qui parle de monotonie ? La joie est monotone la beauté (…)

Le coeur qui bat

Gabriel Mwènè Okoundji

Le coeur qui bat ne se réjouit pas de la blessure du ver de terre
le coeur qui bat soutient le combat de l’homme face aux chimères
le coeur qui bat révèle le murmure du sentier quand vient le doute
Tout homme a deux mains : la main qui nourrit et la main qui reçoit
la main qui nourrit est offrande : ne mords pas la main qui nourrit !
Dans la main qui reçoit advient le monde : promesse que tient la vie !
ne mords pas la main qui nourrit, n’offense pas la main qui reçoit
Frère, le sang du (…)

les statues ne meurent pas

Laurent Grison

à Ousmane Sow
lutteur masaï
bronze né de la terre
veille l’histoire ébréchée
(chair rouge et peau vive
se consument dans la fonte
des flux contraires)
lutteur zoulou
geste rituel
brave les affres de l’Afrique
(dans la libre lumière
s’écrit le poème noir
de l’humanité)
lutteur nouba
grande figure
anime l’espérance

Afroascendance

Suzanne Dracius

Afrodescendante, afrodescendante…
Plutôt qu’afrodescendante,
elle se sent afromontante,
forte de son afroascendance.
Non, ses racines africaines ne l’entravent pas.
Bien au contraire, en femme debout,
en Caribéenne surtout,
elle sent que, grâce à elles,
tel un arbre elle pousse, elle s’élève.
Elle ne se prend pas les pieds dans ses racines.
En équilibre, libre, elle danse,
au fil de son afroascendance.
Elles sont aériennes, ses racines,
ascensionnelles, sensationnelles,
à l’instar des (…)

Comme un oiseau bleu…

Tanella Boni

comme un oiseau bleu
porteur de grains multicolores
dans un jour qui se meurt
je marche la parole haute
dans une forêt de lianes
sur une toile d’araignée
poème est mon nom d’initiation
espoir mon code passeur d’étoiles
Tanella Boni,
Extrait de "Jusqu’au souvenir de ton visage",
Alfabarre / 2011

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.