Poèmes

Taille-vent

En fait
toujours pas d’où aller – Sauf ma tête
et cette fixité élastique m’exaspère
L’infini dans un crâne Eva Mulleras, Taille-vent, Éditions Unes, 2022.

L’épreuve

La nuit voyait en nous
Cette clarté secrète
que couvaient nos décombres Philippe Lekeuche, L’épreuve, L’herbe qui tremble, 2022.

Ton nom maintenant

quelques oiseaux ensemble
dans le jardin
nous aussi sur la plage
écrivons
un hameau Véronique Wautier, Ton nom maintenant, L’herbe qui tremble, 2022.

Mater Baltica

Elena Tognoli

On dit que les poissons n’ont pas
de mémoire, dans la mer ne restent
que les vieux poissons
étourdis,
ils se souviennent de quelque chose
mais ne sauraient dire quoi. Elena Tognoli, Mater Baltica, Esperluète Éditions, 2022.

Soirée d’été

Est-ce le lièvre ?
Il s’est glissé furtivement sous ma fenêtre
deux nuits auparavant. Le pas incertain,
il pensait probablement passer inaperçu… Dina Melnikova, Soirée d’été, CotCotCot Éditions, 2022.

Le jardin des hommes

Carol Vanni

Moi je ne sais pas ce que je fais dans ma vie. Je ne me suis pas beaucoup mis en colère. Pas mon truc. Avoir de la colère, se mettre en colère, c’est pas pareil. J’ai du mal à me mettre en colère, n’empêche que j’ai des colères. Carol Vanni, Le jardin des hommes, Esperluète Éditions, 2022.

Une odeur d’oiseaux chantants

Je marche la tête haute et le cœur en vrille. Ma langue est pliée bien serrée comme un vieux manteau de bure coincé dans un placard. C’est ainsi que je suis. Pascale Thomas, Une odeur d’oiseaux chantants, Cheyne éditeur, 2022

Fleur de peau

Je n’ai jamais passé la mer
Pour quitter mon pays
Je n’ai jamais risqué ma vie
Je n’ai jamais frôlé la mort
Au hasard de la folie
Jamais voulu l’oubli
Je n’ai jamais serré la main
menottée de la loi
Jamais perdu, brisé ma voix
Et pourtant chaque jour
Je sens monter la plainte sans joie
Oh mais tais-toi Jeanne Cherhal, « Fleur de peau » , L’An 40 , Éditions Tibia, 2019.

Le plâtrier siffleur

Christian Bobin

Il s’agit juste d’une manière humaine d’habiter le monde. Parce que dire habiter poétiquement le monde ou habiter humainement le monde, au fond, c’est la même chose.

Christian Bobin
Le plâtrier siffleur
© Poesis éditions

Approche de l’eau

Eugenio de Andrade

À la poreuse frontière du silence
la main illumine la terre inachevée

Interminablement

Eugénio de Andrade
« Approche de l’eau »
Traduit du portugais par Michel Chandeigne

Poème
de l’instant

Andrée Appercelle

Soleil noir ta peau

Aucun souffle
cette immobilité
de pierre épuise
un siècle
me sépare
de ta peau
que je voudrais
minérale
pour fermer
mes doigts
sur elle comme
on chauffe
un caillou

Andrée Appercelle, Soleil noir ta peau, Le Temps des Cerises, 2006.