Poèmes

La Peau et les Mots

Bernard Noël

je buvais ta sueur
et tu étais le nom de toutes
agile infiniment sur la corde mémoire

et ta pensée est avec moi
dans mon désir de me survivre.
J’ai voulu te dire cela parce que
tu y trouveras la certitude que le
temps ne changera jamais rien
de ce que tu as trouvé en moi.

Bernard Noël
La Peau et les Mots, Éditions P.O.L, 2002.

La rumeur de l’air

Bernard Noël

la vie
un peu d’eau
quelques mots sur la langue

Bernard Noël
La rumeur de l’air, Éditions Fata Morgana, 1986.

Lettre à Louise Colet

Croisset,
Vendredi 16 septembre 1853,
Minuit,

N’importe ! Mourons dans la neige, périssons dans la blanche douleur de notre désir, au murmure des torrents de l’esprit, et la figure tournée vers le soleil !

Gustave Flaubert
1821 - 1880
Lettre à Louise Colet, Lettre du vendredi 16 septembre 1853.

L’unique réponse

Jean-Marc Sourdillon

Il y a les arbres,
il y a les branches,
mais en dessous,
sous l’écorce et l’adolescence,
il y a le geste qui sait,
le geste qui nous lance

Jean-Marc Sourdillon
L’unique réponse, "Parents", Éditions Gallimard, 2020.

Sur le ton exact du désir

Emmanuel Flory

À l’idée d’atteindre la fin
d’une ligne
il prétend que des vertiges
lui viennent

un baiser qui se dérobe
une robe impossible à déboutonner

Selon lui,
c’est dans la marge
que les poèmes s’écrivent le mieux

Emmanuel Flory
Sur le ton exact du désir, Éditions Rougerie, 2008.

De la bête et de la nuit

Seyhmus Dagtekin

Écoute le son devenir étreinte, devenir caresses
Et se glisser loin de ta peau

Seyhmus Dagtekin
De la bête et de la nuit, Le Castor Astral, 2021.

Je me transporte partout

Jean-Claude Pirotte

maintes fois je me sens hagard
et je me détourne à plaisir
des lignes droites du désir

Jean-Claude Pirotte
1939 - 2014
Je me transporte partout, Le Cherche midi éditeur, 2020.

L’Impossible

La poésie révèle un pouvoir de l’inconnu. Mais l’inconnu n’est qu’un vide insignifiant, s’il n’est pas l’objet d’un désir. La poésie est moyen terme, elle dérobe le connu dans l’inconnu : elle est l’inconnu paré des couleurs aveuglantes et de l’apparence d’un soleil.

Ébloui de mille figures où se composent l’ennui, l’impatience et l’amour. Maintenant mon désir n’a qu’un objet : l’au-delà de ces mille figures de la nuit.

Georges Bataille
1897 - 1962
L’Impossible, Éditions de Minuit, 1962.

Dans la solitude des champs de coton

Je ne suis pas là pour donner du plaisir, mais pour combler l’abîme du désir.

Bernard-Marie Koltès
1948 - 1989
Dans la solitude des champs de coton, Éditions de Minuit, 1987.

Blanc sur Blanc

Eugenio de Andrade

Traverser le matin jusqu’à la feuille
des peupliers,
être frère d’une étoile, ou son fils,
ou peut-être père un jour d’une autre lumière de soie,

ignorer les eaux de mon nom,
les secrètes noces du regard,
les charbons et les lèvres de la soif,
ne pas savoir comment

l’on finit par mourir d’une telle hésitation,
un si grand désir
d’être flamme, de brûler ainsi d’étoile
en étoile,

jusqu’à la fin.

Eugenio de Andrade
1923 - 2005
Blanc sur Blanc, Traduit du portugais par Michel Chandeigne, Éditions de la Différence, 1988.

Poème
de l’instant

Jean-Marc Sourdillon

L’unique réponse

Il y a les arbres,
il y a les branches,
mais en dessous,
sous l’écorce et l’adolescence,
il y a le geste qui sait,
le geste qui nous lance

Jean-Marc Sourdillon, L’unique réponse, "Parents", Éditions Gallimard, 2020..