Poéclats (caprice avec des ruines) de Martine Morillon-Carreau

Poéclats (caprice avec des ruines) de Martine Morillon-Carreau

Transformer la contrainte en véritable moteur de l’inspiration, son apparent ennemi intime, tel est ici le défi. La contrainte d’écriture de Poéclats, le prélèvement (chaque mot de chaque poème – sauf dans les anagrammes liminaires – a été prélevé dans l’œuvre romanesque et théâtrale de Julien Gracq), joue d’emblée, par des indices suggestifs mais réticents, avec le secret d’abord préservé autour de cette contrainte et son dévoilement : les deux citations épigraphes de Gracq livrent les indices programmateurs, les anagrammes liminaires disent tout, quoique de manière cryptée – la dernière page révélant enfin au lecteur l’exacte matrice des anagrammes initiales.

M M.-C.

« ·Ce livre, entre palimpseste (le disparu sous ce qui reste) et rémanence (ce qui reste quand le tangible a disparu) se tient au bord du secret, avec vue sur lui et interdiction de le dévoiler·- le secret, si près du sacré (phonétiquement comme philosophiquement)· !· »

Jean-Louis Bernard

Paru le 1er mai 2015

Éditeur : Editinter

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Treizième poésie verticale

Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.

Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz, Treizième poésie verticale, traduit de l’argentin par Roger Munier, Librairie José Corti, 1993.