Plaine de Flandre

Pierre Dhainaut

C’est d’abord un appel qui nous oblige de très loin,
au fond des basses terres, à redresser l’épaule
en permanence, à n’être qu’un souffle
autant qu’un regard : que ce soit les roseaux, les arbres
qui vacillent, se dénouent sous les nuages de l’ouest,
une rafale, la moindre brise, ils le savent pour nous,
les vents, ici, viennent tous du rivage,
nous ne pourrons aller qu’à sa rencontre,
et peu à peu nous ne demandons plus où nous sommes,
à quelle heure, comme nos pas renoncent à peser.
Nous écouterions mieux, nous offririons les mains,
avant même d’entendre à l’horizon murmurer,
puis gronder la houle, l’air est gorgé d’embruns,
déjà nos corps en seraient ruisselants.
Un seul cri d’ailes blanches, dans l’approche il suffit,
de temps à autre, d’une mouette, dès qu’elle prend son vol
l’espace retentit : la distance est si vaste encore,
mais rien ne manque, nous n’avons rien à conquérir,
pour elle, pour le ciel de la mer, nous aurons ce visage
lorsqu’il dit oui, qu’il reflète le monde au premier jour.

(entre Dunkerque et Furnes)

Poème
de l’instant

« Fabulation »

« Cela » : un silence à fleur de murmure, une rumeur saturée de silence, un magma de silence irrigué par un souffle ténu, sifflant, vivace.

Sylvie Germain, « Fabulation », Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.