Pierre Morhange

(1901-1972)
Né en 1901, d’une famille juive, professeur de philosophie il fonde la revue Philosophies et milite au PC. Il se démarque du surréalisme et annonce un certain néo-réalisme dès son premier recueil La vie est unique, publié en 1930. Profondément troublé par l’Holocauste, sa parole, concise, percutante dit la souffrance et se veut témoignage. "Je crois qu’un poète doit tout avouer, tout ce que fait son âme jusqu’aux pires ombres."

Extrait

VRAIS HOMMES

Heureux sans remords les éternels tueurs de moutons
Les grands les tranquilles mangeurs de parts
Mangeurs lentement
Les bien accordés aux retours aux départs à l’attente
Et ceux qui vont raser les joues de pierre des morts
Ceux qui sans tragédie condamnent les mauvais
Et les bourrent de coups les reprennent avec eux
Heureux les patients reprisant le courage
Et qui achèvent un bon travail un autre
Ceux qui sont un peu soldats dans la vie
Et ont tiré de bons chemins des guerres
Ceux qui boivent au même verre en riant
Fraternels sensément sans révolte à leur mort
Pas tellement amis de la force ou paradeurs
Mais forts par leur nerf tranquille
Et par leur cœur qui sait de lui-même
Tout mesurer
Le sang envoyé et l’amitié
Et juste ce qu’il faut de mémoire et de miséricorde

extrait de "C’était hier et c’est demain", éd. Seghers, 2004

Bibliographie

La vie est unique, Gallimard, 1930
Le blessé, Au Colporteur, 1951
La robe, Seghers, 1954
Poèmes brefs, revue Strophe, 1966.