Paul Verlaine

Paul Verlaine, de son nom complet Paul-Marie Verlaine, naît le 30 mars 1844 à Metz.

Paul est le fils unique de Nicolas-Auguste Verlaine, militaire de carrière, et d’Élisa-Stéphanie Dehée. Son prénom Paul-Marie lui fut donné en reconnaissance à la Vierge Marie, Élisa ayant successivement connu trois fausses couches. Très jeune, Paul est baptisé à l’église Notre-Dame de Metz.

Les Verlaine élèvent également depuis 1836 une cousine orpheline prénommée elle aussi Élisa. Lorsque Paul vient au monde, Élisa est donc déjà âgée de huit ans. En 1851, le père de Paul démissionne de l’armée et la famille quitte Metz pour aller s’installer à Paris, rue des Petites-Écuries dans un premier temps, puis dans le quartier des Batignolles. Enfant calme et appliqué, Paul est rapidement mis sous pension à l’institution Landry située au 32 rue Chaptal. Il suit alors ses cours au lycée Condorcet. À cette période, Paul est déjà passionné de dessin et de littérature, il écrit ses premiers poèmes ainsi que quelques nouvelles à la manière d’Edgar Poe. En 1858, alors qu’il n’a que 14 ans, Paul envoie un poème de sa composition intitulé « La Mort » à Victor Hugo.

Après quelques années difficiles au sein de la pension qui l’ennuie profondément, il obtient finalement son baccalauréat en 1862. Bachelier, il entre en faculté de droit mais abandonne rapidement ses études, leur préférant la fréquentation des cafés et des cercles littéraires parisiens. Son temps libre lui permet de se consacrer encore davantage à la poésie, et c’est en août 1963 qu’il publie dans une revue son premier poème intitulé « Monsieur Prudhomme », sorte de portrait satirique du bourgeois.

Inquiet de l’avenir de son fils, le père de Paul le fait entrer en 1864 dans une compagnie d’assurance, quelque mois plus tard, à la mairie du 9e arrondissement, puis enfin à l’hôtel de ville de Paris. Paul vit alors toujours chez ses parents. Son père meut en décembre 1865, et Paul se retrouve donc seul avec sa mère avec qui il entretient une relation de proximité et de violence. Sa cousine Élisa s’est quant à elle déjà mariée.

À partir de 1865, le jeune Paul est chargé de la critique littéraire de la revue "L’Art". Il écrit alors des articles élogieux sur Charles Baudelaire et Victor Hugo. C’est à cette période qu’il fait la rencontre d’artistes et de poètes tels que François Coppée ou Théodore de Banville, et qu’il collabore au premier Parnasse contemporain. En 1866, il publie à compte d’auteur, grâce à une aide financière d’Élisa, son premier recueil intitulé Poèmes saturniens. Ce dernier démontre l’influence des écrits de Charles Baudelaire. Trois années plus tard, inspiré par la peinture du XVIIIe exposée au Louvre, il fait paraître Fêtes galantes.

En 1867, Élisa meurt en couches. Le décès de cette cousine dont il était follement épris le fait basculer encore un peu plus dans l’alcool. Les altercations avec sa mère sont de plus en plus nombreuses et violentes. Celle-ci, afin de le stabiliser, l’encourage à épouser Mathilde Sophie Marie Mauté, présentée par un ami. Paul a alors 26 ans, Mathilde en a 17. Résolu à suivre le conseil de sa mère, il adresse à sa prétendante de nombreux poèmes apaisés et affectueux qui constitueront en grande partie son recueil La Bonne Chanson publié le 12 juin 1870. Ils se marient le 11 août de cette même année. Le 30 octobre 1871 naît leur unique enfant, Georges.

Au début de la Commune de Paris, Paul, suivant les conseils de Mathilde, s’engage dans la Garde nationale sédentaire et est ainsi de garde une nuit sur deux dans un secteur calme. C’est en septembre 1971 qu’il rencontre le jeune Arthur Rimbaud, après avoir favorablement répondu à une de ses lettres. « Venez chère grande âme, on vous appelle, on vous attend ! ».

Paul fait donc découvrir le milieu littéraire parisien à Arthur, notamment lors du dîner des « Vilains Bonshommes » du 30 septembre. À parti de novembre 1871, lui et Arthur décident de rejoindre le nouveau groupe informel de poètes mené par Charles Clos nommé le Cercle des poètes zutiques. Ces derniers se rassemblent à l’Hôtel des Étrangers afin d’y concevoir une sorte de livre de bord appelé Album zutique dans lequel sont caricaturés les poètes parnassiens, François Coppée en tête.

Néanmoins, l’appartenance d’Arthur Rimbaud à ce groupe est fragile et lorsque, le 2 mars 1872, il est exclu du groupe pour avoir franchi la limite de l’acceptable en blessant Étienne Carjat d’un coup de canne-épée, Paul se voit contraint, afin de sauver son couple d’une part et de rassurer ses amis d’autre part, d’éloigner son jeune compagnon de Paris et de le renvoyer à Charleville quelques temps. Cette absence est de courte durée puisqu’Arthur revient dès le mois de mai à Paris, rejoignant ainsi Paul avec qui il part pour la Belgique le 7 juillet de la même année. Lassée des deux amants, Mathilde rompt finalement avec Paul, effectuant ainsi une demande de séparation de corps et de biens.

Paul et Arthur décident de partir vivre leur liaison amoureuse à Londres. Ils mènent une vie très agitée. Durant l’été 1873, alors que les amants proposent des cours de français pour vivre, Verlaine quitte brusquement Rimbaud le 3 juillet, affirmant vouloir rejoindre sa femme. Arthur retourne ainsi à Bruxelles et réside dans un hôtel. Persuadé que Paul Verlaine n’aura pas le courage de mettre fin à ses jours, Rimbaud annonce qu’il repart seul pour Paris. Le 10 juillet 1873, Verlaine, ivre, tire sur Rimbaud à deux reprises avec un revolver, le blessant légèrement au poignet. Rimbaud se fait soigner et, craignant pour sa vie, demande la protection d’un agent de police de la ville. Paul est alors incarcéré à la prison de Bruxelles puis transféré à Mons. Même si Rimbaud a retiré sa plainte, Verlaine est condamné en août 1873 à deux ans de prison pour blessure avec arme à feu. C’est au cours de cette vie errante en Angleterre et en Belgique que Paul écrit une grande partie des poèmes qui composent le recueil Romances sans paroles.

À la prison de Mons où il est transféré en octobre 1873, Verlaine découvre la vie la Benoît Labre. Influencé par ce dernier, il retrouve la foi catholique et écrit des poèmes en prose qui prendront place dans ses derniers recueils Sagesse publié en 1880, Jadis et Naguère en 1884, Parallèlement en 1889 et Invectives en 1896, puis enfin les Œuvres posthumes.

Le 16 janvier 1875, Paul est libéré avec une remise de peine de presque une année pour bonne conduite. À sa sortie de prison, il tente en vain de se réconcilier avec Mathilde qui, en mai 1885, obtiendra finalement et le divorce et la garde de son enfant. Il revoit également une fois Rimbaud, à Stuttgart, où les anciens amants passent un peu plus de deux jours. C’est au cours de cette dernière rencontre qu’Arthur remet à Paul son manuscrit des Illuminations que Paul fera publier en 1886.

En mars 1875, Verlaine s’installe à Londres comme professeur de grec, latin, français et dessin. Il passe ses vacances avec sa mère. Il rencontre Germain Nouveau, un ancien ami de Rimbaud, et enseigne ensuite dans différentes villes anglaises.

Il revient en France en juin 1877. À la rentrée d’octobre, il occupe un poste de répétiteur en littérature, histoire, géographie et anglais au collège Notre-Dame de Rethel, tenu par des jésuites. Il se prend d’une vive affection pour l’un de ses élèves âgé de 17 ans, Lucien Létinois, fils d’un couple d’agriculteurs. Mais en août 1878, son contrat n’est pas renouvelé au prétexte d’économies de gestion. En septembre, Paul et Lucien partent pour l’Angleterre, où ils enseignent séparément dans des villes différentes. Verlaine rejoint Lucien à Londres. La nature de leur relation reste l’objet de conjectures.

Ils reviennent en France et vont vivre chez les parents de Lucien à Coulommes-et-Marqueny, au lieu-dit Malval. En mars 1880, c’est avec l’argent de sa mère que Paul achète la ferme dite de la petite Paroisse, située Juniville, dans le sud des Ardennes, et qu’il s’y installe avec Lucien. Mais la mauvaise gestion de la ferme contraint Paul à la revendre à perte dès janvier 1882. Après cet échec, Paul décide de rentrer à Paris, laissant Lucien s’installer avec ses parents à Ivry-sur-Seine.

Le 7 avril 1883, Lucien meurt subitement de la fièvre typhoïde à l’hôpital de la Pitié. Il n’a alors que 23 ans. Profondément désespéré par la perte de son « fils adoptif », Verlaine lui consacrera vingt-cinq poèmes, placés à la fin du recueil Amour paru en 1888.

De retour à Paris, Verlaine essaie en vain de réintégrer l’administration et renoue avec les milieux littéraires. En 1884, il publie un essai remarqué intitulé Les Poètes maudits ainsi que le recueil Jadis et naguère. Les partisans du symbolisme voit en lui un véritable précurseur.

Toutefois, son alcoolisme le rend toujours aussi violent. Le 13 avril 1885, il est emprisonné à la prison de Vouziers pour avoir une nouvelle fois tenté d’étrangler sa mère. Cette dernière meurt le 21 janvier 1886. Sa fin de vie est quelque peu cauchemardesque. Il erre dans les rues hantant cafés et hôpitaux. Il ne produit plus guère que des textes d’occasion, dont des poèmes érotiques, voire pornographiques.

Souffrant de diabète, d’ulcères et de syphilis, il meurt d’une pneumonie aiguë le 8 janvier 1896, à 51 ans, au 39 rue Descartes, à Paris.

Ses obsèques ont lieu le 10 janvier 1896 en l’église Saint-Étienne-du-Mont. Il est inhumé au cimetière des Batignolles à Paris, dans la 20e division. En 1989, sa tombe a été transférée dans la 11e division.

Bibliographie

Poésie

  • Biblio-sonnets, 1913.
  • Chair, 1896.
  • Invectives, 1896.
  • Dans les limbes, 1894.
  • Épigrammes, 1894.
  • Odes en son honneur, 1893.
  • Élégies, 1893.
  • Liturgies intimes, 1892.
  • Bonheur, 1891.
  • Chansons pour Elle, 1891.
  • Dédicaces, 1890.
  • Parallèlement, 1889.
  • Amour, 1888.
  • Jadis et Naguère, 1884.
  • Sagesse, 1880.
  • Romances sans paroles, 1874.
  • La Bonne Chanson, 1870.
  • Fêtes galantes, 1869.
  • Poèmes saturniens, 1866.

Éditions récentes

  • Les poètes du Nord, Éditions Gallimard, 2019.
  • Romances sans paroles, Éditions Gallimard, 2017.
  • Cellulairement, suivi de Mes Prisons, Éditions Gallimard, 2013.
  • L’Obsesseur précédé d’Histoires comme ça, Éditions Gallimard, 2010.
  • Poèmes saturniens, Éditions Gallimard, 2010.
  • Chansons pour elle et autres poèmes érotiques, Éditions Gallimard, 2002.

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