Paris Aubaine de Mikael Edward

Paris Aubaine de Mikael Edward

Paris est l’occasion d’une centaine de poèmes aux sujets très divers, unifiés par le souci constant de sonder le monde alentour dans le temps qui passe, selon la conviction, vécue et non pas théorique, que la plénitude de vie se trouve dans un ici ouvert à tout moment à son possible. Dans le plus infime événement un autre monde paraît. Les poèmes s’efforcent de recréer le visible en approfondissant toutes les formes de l’invisible, en mettant en œuvre l’intuition inquiète d’une grande vérité, d’une dynamique ternaire dans la condition humaine : création-chute-recréation, vie-mort-nouvelle naissance, bonheur-malheur-joie. Les poèmes cherchent surtout à être nouveaux, sans cesse inventifs, en sujets, formes, pensées, images. Ils essaient de bénéficier, selon le génie de la poésie française, de certaines ressources de la poésie anglaise : une pluralité de perspectives et de tons, le sérieux paraissant sous le léger, sous l’apparemment simple, le comique – l’humour – prenant tout en charge. L’anglais intervient même dans quelques poèmes, avec sa lecture autre du monde.

Michael Edwards : Né en 1938 en Angleterre. Professeur au Collège de France, sur une chaire de poétique. Son œuvre de poète s’accompagne d’une réflexion sur la création littéraire, artistique et musicale, sur la philosophie et sur la théologie, développée dans une trentaine d’ouvrages, pour la plupart en français. Dernières parutions : Le Rire de Molière (Éditions de Fallois, 2012), De l’émerveillement (Fayard, 2008, primé par l’Académie des sciences morales et politiques), Shakespeare : le poète au théâtre (Fayard, 2009), L’Étrangèreté (CD, Gallimard, 2010), Le Bonheur d’être ici (Fayard, 2011). Présence dans Anthologie bilingue de la poésie anglaise (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade). Un choix de ses poèmes en anglais existe en édition bilingue : À la racine du feu (Caractères, 2009). Poésie en français : Rivage mobile (Arfuyen, 2003), Ce que dit la lumière (Arts Graphiques d’Aquitaine, 2010), Trilogie (piécette, TNP/Cheyne, 2010).

Paru le 1er décembre 2012

Éditeur : Corlevour

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Singularités

Je ne vous laisserai rien

les meubles je les emporterai
les livres les plantes vertes les bibelots
je les emporterai
la poussière les poignées des portes
les tableaux les clous qui soutenaient les tableaux
le courrier non ouvert
tout cela je l’emporterai

à mon départ les poches gonflées des mille riens de
mon existence
accueilleront encore les âmes perdues
que j’avais abritées dans mon appartement

Carino Bucciarelli, Singularités, L’herbe qui tremble, 2020.