Nous, qui n’oublie pas

Auteur : Erwann Rougé

Nous, qui n'oublie pas

Le poème est une tension vers l’autre, un dialogue (…) Souvent un dialogue désespéré ». Tels sont peut-être les mots de Paul Celan qui inspirent et traduisent au mieux la motivation de l’auteur de ce recueil. Depuis de nombreuses années, Erwann Rougé tente une parole pour maintenir ce fil fragile : de l’un à l’autre. Écrire ce qu’il importe de ne pas oublier, de continuer à dire : les traces, les passages, les repères en définitive de cet autre — lui ou nous-mêmes — pour que la voix humaine ne finisse pas. C’est peut-être un rêve, mais ne faut-il pas cesser d’interroger ce paradoxe de l’altérité : cet autre — si absent. Il y a dans ce recueil l’espoir que l’on n’écrit pas en vain, puisque cet acte quotidien — avec la violence ou le désir de retrouver une parole au monde — réconcilie avec le silence, celui du poète, celui de l’autre, et rend possible le parler muet qui submerge et hante les projets de celui qui écrit pour « dire et faire livre ». Erwann Rougé tente de situer cet exil, cette folie, cet écart permanent, ce qui manque de mots. Il sent puis découvre intuitivement que l’on peut tout y perdre, que le poème est parole qui dénude de soi, vers ce quelque chose qui efface le blanc de la page.

Paru le 1er octobre 2005

Éditeur : La lettre volée

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.