Nous, qui n’oublie pas

Auteur : Erwann Rougé

Nous, qui n'oublie pas

Le poème est une tension vers l’autre, un dialogue (…) Souvent un dialogue désespéré ». Tels sont peut-être les mots de Paul Celan qui inspirent et traduisent au mieux la motivation de l’auteur de ce recueil. Depuis de nombreuses années, Erwann Rougé tente une parole pour maintenir ce fil fragile : de l’un à l’autre. Écrire ce qu’il importe de ne pas oublier, de continuer à dire : les traces, les passages, les repères en définitive de cet autre — lui ou nous-mêmes — pour que la voix humaine ne finisse pas. C’est peut-être un rêve, mais ne faut-il pas cesser d’interroger ce paradoxe de l’altérité : cet autre — si absent. Il y a dans ce recueil l’espoir que l’on n’écrit pas en vain, puisque cet acte quotidien — avec la violence ou le désir de retrouver une parole au monde — réconcilie avec le silence, celui du poète, celui de l’autre, et rend possible le parler muet qui submerge et hante les projets de celui qui écrit pour « dire et faire livre ». Erwann Rougé tente de situer cet exil, cette folie, cet écart permanent, ce qui manque de mots. Il sent puis découvre intuitivement que l’on peut tout y perdre, que le poème est parole qui dénude de soi, vers ce quelque chose qui efface le blanc de la page.

Paru le 1er octobre 2005

Éditeur : La lettre volée

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Matthieu Messagier

post-verbum aux demains sans tutelles

la plupart des manèges et la nuit a tardé
dessus les restes hasards de sueurs nouvelles nées
et dès que les rôles emportent les légendes
là où les sons obtiennent le fard à déprendre
sur les voiles de larmes encore rugueuses
que le parage a abandonné derrière lui
des papillons de nuit aux teintes obscurantes
pour ce que leur vie arrête en ce royaume
soudain allument de biais sans que l’os y consente
les us inespérés de mondes en dense et séculiers
et les dés à découdre du moins résolvent les passés
et au chas des jeux de pôles se faufilent d’autres étés
si l’écho des odes après-voir offre la merveille
même surgie d’ailleurs où l’âme se porte sans appareil

inédit pour le Printemps des Poètes