Nous, la multitude

Nous, la multitude

"Se heurter à la foule et courir par les rues" Robert Desnos

C’est à partir de ce vers qu’a été établi le thème 2011 du festival Temps de parole en Bourgogne. À cette occasion, le Temps des Cerises publie une anthologie des poètes participant au festival, qui donne à voir la vitalité et la multiplicité de la poésie française contemporaine. C’est le deuxième épisode de cette collaboration, après le recueil Et si le rouge n’existait pas publié l’année dernière et qui fut un franc succès.
Anthologie établie par Françoise Coulmin

Paru le 1er janvier 2011

Éditeur : Le Temps des cerises

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage