Notre corps qui êtes en mots d’Anne Malaprade

Notre corps qui êtes en mots d'Anne Malaprade

Le livre commence par son titre : Notre corps qui êtes en mots. Analogie certaine avec le «  Notre Père  », ce texte est d’abord cela  : une «  prière horizontale  », une sorte de requête à ce corps placé là en position divine, puissant donc, mais si peu réel qu’il faudrait en appeler à sa volonté, le supplier de «  régner  ». Et c’est le premier paradoxe  : ce corps à qui on s’adresse comme un dieu est bien fragile, bien souffrant, un «  corps au régime  ». Et puis qu’est-ce qu’un corps  ? Anne Malaprade s’essaie à la comparaison avec le langage – puisque le corps est «  en mots  » –, et le découpe en suivant la grammaire et la syntaxe  ; peine perdue, il ne restera rien de lui ou presque  : que des «  os  » qui n’inspirent que «  pesanteur et dégoût  ». C’est sans doute le deuxième paradoxe  : ce corps prié ne recèle que «  sueurs mêlées  », «  micro-poubelles qui, gonflées, regagneront le dehors, le lointain…  ». Les sécrétions – qui par leur étymologie latine se rattachent au secret –, produites par un intérieur honni, viennent croiser l’extérieur, l’humide jouxte le sec, le goût et le dégoût se rencontrent et entraînent attirance et répulsion. Il y a donc autant de rejets que de tréfonds, que seuls les mots peuvent soulever.
Dernier paradoxe sous forme d’une interrogation  : faut-il le contenir, ce corps, ou le laisser aller à un «  au-delà  »  ? Faut-il laisser «  un carré sans bord  », «  un carré dont elle efface le cadre  »  ? Ou faut-il enfin s’adresser, avec tous les mots du possible, aux autres, aux hommes, accepter que «  le carré nous réfléchisse… une silhouette contre le monde ». «  Contre  » car la colère sera toujours là. Portée par les mots seuls.

Paru le 1er juin 2016

Éditeur : Editions isabelle sauvage

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.