N°32 de la revue Poésie 1/ Vagabondages

N°32 de la revue Poésie 1/ Vagabondages

Spéciale numéro André Frédérique

Ami et complice de Raymond Queneau, Boris Vian, Jean Tardieu, Alexandre Vialatte, Chaval, Jean Carmet, Ionesco, Raymond Castans, Jean Chouquet, le pharmacien-poète André Frédérique – ses proches l’appelaient « Fred » - a traversé l’existence de part en part en tragique dandy de l’humour noir. Son art était celui des mots qu’il triturait, manipulait, maltraitait ; des mots avec lesquels il jouait un jeu mortel. De ce jeu – sorte de roulette sans revolver – il est mort, en prenant congé, par fatigue de vivre, le 17 mai 1957, à l’âge de quarante-deux ans.
Avant de se tuer, André Frédérique tua le temps dans les rôles successifs de : pharmacien, poète, échotier, pharmacien-bis, courant d’air, poète (toujours), homme de radio, scénariste, mystificateur, poète (encore).
Son œuvre, jusque-là un peu éparpillée parce qu’il ne s’en souciait guère, est ici bien représentée dans ce numéro spécial de Poésie 1 / Vagabondages.

Paru le 1er décembre 2002

Éditeur : Poésie Un

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage