Nègre blanche de Sophie G. Lucas

Nègre blanche de Sophie G. Lucas

Prix de Poésie 2007 de la Ville d’Angers.
"
Un père comme un malheur en train de mourir. Déjà mort, mais il continue de mourir.

On y pense à travers de courtes et rapides respirations qui empêchent peut-être de suffoquer. C’est aussi comme un cœur de mots serrés qui bat fort : on a couru vite à travers la grammaire et de l’ailleurs qu’on rapporte en vain dans un silence qui ne l’accueille pas. Même rapporter un peu le passé du père n’arrange rien. Un cœur de nègre (puisque c’est moi que tu écris, dit le père) qui bat fort, trop fort, mais en brefs jets de sang vif (y aurait-il un plaisir qui trouve son chemin dans le malheur ?) il persiste et s’affirme dans ses lancées d’écriture étonnamment continuées. On va l’entendre encore dans le silence qui suit la fin du livre."

James Sacré

Paru le 1er mars 2007

Éditeur : L’idée bleue

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Treizième poésie verticale

Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.

Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz, Treizième poésie verticale, traduit de l’argentin par Roger Munier, Librairie José Corti, 1993.