Michel Valprémy

Michel Valprémy, né en I947, vit et travaille à Bordeaux où il enseigne la danse.

Extrait

Deux extraits de Cibles, cribles. (Haldernablou)

Je vois, debout, le râteau du marmot, manche jaune, denture verte. Le vent des granges secoue ses crocs, ses grelots. Un cul de vache comme une icône fait merveille d’or ancien, de caramel et d’encaustique. Rien ne manque au vitrail, à l’idole, ni l’orbe des flancs roux, ni ─ là-haut ─ dans les limbes du foin, la morve de clarté caillée. Je m’incline, je verse, piquet rompu. Aucun lasso pour amortir ma chute. L’ange me perce et la fée blonde sept fois légère, la fée des soirs d’été sous les tilleuls, chausse ses bottillons de plomb. Je tombe, je m’écrase. Ridée, la terre est un tronc, un ventre de vieille. Je baise la peau, la croûte, je baise l’écorce. De la langue, je cueille une hostie d’os ─ cent soleils ont dégommé la carne ─, une fourmi qui pique, trois dés de pollen frais, un cochonnet enfin de confiture humaine. Vertige de saison, de croissance, anémie de fille. Je renifle, je mâche. La mort qui fait semblant lâche limace, civet de vase, bouquet d’orge et de buis.

Mon père est un couteau. Il vise sans lunettes, sans casquette, il vise sans un pli. Il touche quand il veut, quand je veux, dans le dos, les yeux
bandés, à la fin de l’envoi. Mon père est un canon. Il tonne à fendre l’air,
les pierres, les âmes bien trempées, leur vaisselle et leur train. Mon père
chie des cartouches. J’ai ma main dans la sienne, ma main mouillée, ma main qui colle. Mon père tue des altesses, des princes en aigrette, en écailles, des papes à la pelle, tue un par un des corbeaux en soutane, deux par trois des mouettes en cornette, des poux, des paons, les crabes cravatés du dessus du panier. Mon père tue ma tristesse, l’ombre qui porte poisse, tue mon père, tue les couguars du tapis, Carnaval à minuit, ses hiboux, ses espions aux bas rouges. Mon père rit dans ma tête, dans ma musette où niche, sauvé des eaux, un rat crevé.

Bibliographie

Dernières publications :

  • L’Oeil du guetteur, le Dé Bleu, 1997.
  • Gri-gri des cendres, Ecbolade, 1997.
  • Amoroso, Myrddin, 1998.
  • Pablo, les baigneurs, Opales, 1995. .
  • Clowns, Croque-morts, Editions du Rewidiage, n°90, 1998. Rouge pendu,
  • Electre, 1999. Cadastre du clair/obscur, Atelier de l’Agneau, 1999. Mailles, mémoire, Opales, 2000.
  • Tout le monde passe devant les vitrines, Atelier de l’Agneau, 2001.
  • Kiosque à paroles, Editions Voix, 2001.
  • Doloroso, Myrddin, 2001.
  • Albumville, Atelier de l’Agneau, 2002,
  • L’Homme aux gants, La Morale Merveilleuse, 2003.
  • Cibles, cribles, Editions Haldernablou, 2003
  • La Mamort, en collaboration avec Christophe Manon, Atelier de l’Agneau, 2004.