Michaux et le cinéma par Anne-Elisabeth Halpern

Michaux et le cinéma par Anne-Elisabeth Halpern

Né en 1899 et donc contemporain des débuts du cinéma, féru de documentaires scientifiques qu’il allait voir avec Emil Cioran, autant que de films d’horreur auxquels il entraînait Joyce Mansour, Henri Michaux est pratiquement entré en littérature par un article sur Charlie Chaplin en 1922. Quoi qu’il n’ait jamais été acteur, à la différence de son ami Antonin Artaud, il incarne la voix off d’un documentaire d’Éric Duvivier sur la drogue, Images du monde visionnaire, pour lequel il a écrit le texte. Même si ce film le déçoit au bout du compte, le cinéma l’accompagne sa vie durant, parfois explicitement, du moins continument, car il est la réalisation technique de son idéal de mouvement qui constitue aussi sa définition de l’existence. Ce que Michaux préfère dans la vie, la peinture, la musique et jusqu’à l’écriture elle-même, c’est la cinétique. Ce rêveur d’images en mouvement réalise, par le pinceau, la drogue, la poésie et tout ce qui dans le monde est dynamique, son objectif : faire son cinéma et ainsi échapper à la fixité mortifère.

Anne-Élisabeth Halpern est maître de conférences en littérature française à l’université de Reims. Elle a publié un ouvrage sur les rapports entre Michaux et la science : Le Laboratoire du poète. Ses recherches portent sur la poésie moderne, les avant-gardes, les relations entre les arts. Elle est également directrice littéraire des éditions L’improviste.

Paru le 1er avril 2016

Éditeur : Jean-Michel Place

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.