Matière solaire

Eugenio de Andrade

Eu amei esses lugares
onde o sol
secretamente se deixava acariciar.

Eugénio de Andrade, 1923-2005.

Poème
de l’instant

Yves Bonnefoy

Poésie et photographie

Mais quand le soleil baisse, une joie confuse, une joie de tout mon corps m’envahit. Je m’éveille, je m’anime. À mesure que l’ombre grandit, je me sens tout autre, plus jeune, plus fort, plus alerte, plus heureux. Je la regarde s’épaissir, la grande ombre douce tombée du ciel : elle noie la ville, comme une onde insaisissable et impénétrable, elle cache, efface, détruit les couleurs, les formes, étreint les maisons, les êtres, les monuments de son imperceptible toucher.
Alors j’ai envie de crier de plaisir comme les chouettes, de courir sur les toits comme les chats ; et un impétueux, un invincible désir d’aimer s’allume dans mes veines.

Yves Bonnefoy, 1923-2016, Poésie et photographie, Éditions Galilée, 2014.