Maria Tsvétaïeva, Comment ça va la vie

Maria Tsvétaïeva, Comment ça va la vie

par Linda Lê, collection JMP/ Poésie

Puisque Marina Tsvétaïéva était en décalage avec son temps et avec sa propre existence ; puisqu’elle se consumait au feu de poésie ; puisque la vérité de ses souffrances n’avait d’égal que son sens de la formulation, il est aujourd’hui indispensable de replacer son œuvre dans son contexte historique, littéraire et personnel. Dans cette perspective, Linda Lê restitue l’intégralité d’un destin mouvementé, retraçant les voyages réels ou imaginaires d’une incomprise en perpétuel exil, décrivant les révolutions d’une âme habitée par le désir d’absolu. Mais elle s’attache également à dévoiler le vrai visage de la sibylle russe qui puisait dans ses amitiés presque sacrées à force d’idéalisme les moyens de résorber ses propres déchirures. Racontée par une voix féminine, la vie de Marina Tsvétaïéva prend des allures de tragédie dont les protagonistes sont Maïakovsky, Pasternak, Blok et Essenine, dont les péripéties cumulent passions amoureuses et protestations politiques et dont le drame ne peut s’achever que dans le don ultime : le sacrifice de soi.

Née à Moscou en 1892 dans une famille aisée, Marina Tsvetaïéva séjourne en Europe et écrit ses premiers vers dès son plus jeune âge. En 1910, à Paris, elle publie l’Album du soir. Elle se marie un an plus tard avec Sergueï Efron, un infirmier militaire dont elle aura trois enfants. De 1916 à 1921, elle compose de nombreux cycles restés célèbres : Sur Moscou, Insomnie, Le Camp des cygnes. Puis Marina Tvétaïéva quitte Moscou pour Berlin puis Prague où elle vivra un grand amour avec Constantin Rodzevitch. C’est quelques mois plus tard qu’elle entretiendra la fameuse correspondance à trois avec Pasternak et Rilke. « Exilée volontaire » à Moscou, elle se pend le 31 août 1941 en Tartarie, où le lieu précis de sa sépulture n’est pas identifié.

Linda Lê est née en 1963 au Vietnam, elle a publié notamment Calomnies, Les Trois Parques, Lettre morte et les Aubes aux Editions Christian Bourgois.

Paru le 1er mars 2002

Éditeur : Jean-Michel Place

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.